Chapitre 6
Rencontrer Jésus dans les Écritures
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Introduction : une question décisive
« Qui est Jésus-Christ ? » Cette question n’est pas simplement intellectuelle ou historique. Elle est au cœur de la foi chrétienne et engage toute notre vie. Jésus lui-même l’a posée à ses disciples : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » (Mt 16, 15). La réponse à cette question touche notre identité de chrétiens, notre manière de vivre aujourd’hui et notre espérance pour l’éternité.
Dans ce chapitre, nous chercherons à comprendre qui est Jésus en tenant ensemble deux dimensions essentielles : l’histoire et la foi. Nous verrons que Jésus est vivant et qu’il s’agit de le rencontrer vraiment (1 et 2). Que l’histoire nous aide à mieux connaître Jésus mais que seule la foi nous donne réellement accès au Christ (3 et 4). Enfin, que la foi et l’histoire s’interpénètrent comme on le voit avec les disciples d'Emmaüs.
1. Jésus est vivant aujourd’hui
La foi chrétienne n’est pas archéologique. Elle ne se limite pas à croire en un personnage du passé. Elle proclame une vérité bouleversante : Jésus est vivant aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement de dire que son message demeure ou que son souvenir est vivant dans la mémoire de l’Église. Non, le Christ Seigneur est réellement ressuscité. Il est présent et agissant dans nos vies aujourd’hui.
D’ailleurs, après sa mort sur la croix, Jésus n’est pas resté dans le tombeau. Les Évangiles témoignent de sa résurrection. Les premiers chrétiens ont risqué leur vie pour annoncer cette vérité. Saint Paul en témoigne : « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi » (1 Co 15, 17). C’est pourquoi le Catéchisme de l’Église catholique affirme avec force : « La Résurrection de Jésus est la vérité culminante de la foi chrétienne » (CEC, n° 638).
Dire que Jésus est vivant aujourd’hui signifie aussi que nous pouvons le rencontrer. Comment ? Par la prière, les sacrements, la lecture de l’Écriture et la vie de l’Église. Jésus parle aujourd’hui, il appelle aujourd’hui, il sauve aujourd’hui. C’est le sens de cette remarque du pape Benoît XVI : « Le christianisme n’est pas une religion du passé, mais la rencontre toujours actuelle avec le Seigneur ressuscité. » (Joseph Ratzinger, La foi chrétienne hier et aujourd’hui)
Bref, nous ne cherchons pas seulement à connaître ce qu’il a fait autrefois, mais qui il est maintenant pour nous, dans notre vie concrète avec l’espérance de le voir un jour après cette vie.
2. Rencontrer le Christ
Beaucoup de personnes ont rencontré Jésus durant sa vie terrestre. Elles l’ont vu enseigner, guérir, pardonner. Pourtant, toutes ne l’ont pas reconnu pour ce qu’il était vraiment. Certaines le voyaient comme un prophète, un maître de sagesse ou un agitateur religieux. Peu ont discerné son véritable mystère. Les chrétiens, eux, reconnaissent en Jésus non seulement un homme exceptionnel, mais le Fils du Dieu vivant. Cette connaissance n’est pas d’abord intellectuelle. Elle est le fruit d’une grâce et d’une rencontre. Connaître Jésus, dans la foi chrétienne, signifie entrer dans une relation personnelle avec lui.
L’épisode de la confession de Pierre à Césarée de Philippe est central à cet égard. Lorsque Pierre affirme : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », Jésus lui répond que cette connaissance ne vient pas de la « chair et du sang », mais du Père (Mt 16, 17). Autrement dit, l’identité profonde de Jésus est révélée par Dieu le Père.
Cela signifie que l’on peut accumuler des connaissances sur Jésus sans vraiment le connaître. Inversement, une personne simple peut le connaître profondément par la foi. C’est ce qu’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique, « la foi est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu » (CEC, n° 150). Cette connaissance transforme la vie. Car reconnaître Jésus comme Seigneur, c’est accepter qu’il devienne le centre de notre existence.
3. Croire en Jésus
Cependant, la foi chrétienne n’est pas irrationnelle ni détachée de l’histoire. Elle ne nie pas les faits historiques, elle s'appuie sur eux. En ce sens, les Évangiles peuvent servir de sources aux historiens. Ils sont fiables. Mais les Évangiles n’ont pas été écrits comme des chroniques neutres. Ils ne sont pas de purs comptes rendus des faits, mais des témoignages croyants. Leur but est clairement exprimé par saint Jean : « Ces choses ont été écrites pour que vous croyiez » (Jn 20, 31).
L’histoire, en tant que science humaine, a ses limites. Elle peut établir des faits, des contextes, des probabilités, mais elle ne peut pas, par elle-même, affirmer que Jésus est le Fils de Dieu. Cette affirmation relève de la foi. Or certains historiens, au nom de l’objectivité, rejettent les affirmations de foi contenues dans les Évangiles. Mais en procédant ainsi, ils passent à côté du message théologique inscrit dans les textes évangéliques. Ce que ces textes cherchent avant tout à transmettre est un mystère : Jésus est Seigneur. Ignorer systématiquement la dimension de foi revient en fin de compte à déformer les données historiques. « Les Évangiles transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, a réellement fait et enseigné pour le salut des hommes. » (CEC, n° 126)
Il est important de comprendre qu’il n’existe pas deux Jésus — un Jésus « historique » et un Jésus « de la foi ». Il n’y a qu’un seul Jésus réel. Sa véritable identité dépasse ce que l’histoire seule peut démontrer, mais elle ne contredit jamais l’histoire.
4. L’importance de l’histoire
Jésus n’est donc pas un mythe intemporel : il a vécu à un moment précis, dans un lieu concret. Il est né et a exercé son ministère en Palestine au premier siècle, dans un contexte religieux, social et politique circonstancié. L’étude historique nous aide donc à mieux comprendre l’époque de Jésus : la domination romaine, les attentes messianiques du peuple juif, le rôle du Temple de Jérusalem, les différents groupes religieux comme les pharisiens, les sadducéens ou les scribes, etc.
Prenons un exemple : comprendre la place centrale du Temple des Juifs à Jérusalem permet de mieux saisir pourquoi les paroles de Jésus annonçant sa destruction ont provoqué un tel scandale. Connaître la mentalité juive du premier siècle éclaire la portée de ses paraboles, de ses gestes et des controverses qu’elles suscitent chez les docteurs de la loi.
L’histoire nous aide également à comprendre comment les Évangiles ont été écrits, transmis et reçus. Ils sont fondés sur le témoignage de personnes qui ont réellement connu Jésus ou qui ont recueilli le témoignage de témoins oculaires.
Ainsi, l’histoire ne diminue pas la foi, mais peut au contraire l’enrichir et la rendre plus intelligible.
5. L’exemple des disciples d’Emmaüs
Foi et histoire sont donc indissociables dans l’expérience chrétienne. D’une part, la foi est fondée sur des événements réels : la vie, la mort et la résurrection de Jésus. D’autre part, ces événements ne prennent leur pleine signification qu’à la lumière de la foi. L’épisode des disciples d’Emmaüs illustre magnifiquement cette unité entre foi et histoire. Jésus ressuscité apparaît aux disciples après sa résurrection. Il leur relit alors toute l’Écriture en montrant comment elle parlait de lui. Leur cœur brûle, et leurs yeux s’ouvrent. L’histoire du salut trouve son accomplissement dans le Christ vivant.
L’épisode montre concrètement que l’Écriture est inspirée par Dieu. Elle est un tout unifié qui conduit au Christ. Lire la Bible avec foi ne signifie pas abandonner l’intelligence de l’histoire. Au contraire, c’est permettre à l’Esprit Saint d’éclairer notre raison à partir de ce que Dieu a accompli. Comme le souligne le théologien Hans Urs von Balthasar : « La Parole de Dieu, contenue dans les Écritures, n’est pas un simple écrit ancien : elle est vivante et actuelle, et elle ne se révèle pleinement que lorsque l’Esprit Saint éclaire notre intelligence et notre cœur. »
Ainsi, la lecture des Écritures devient une véritable rencontre avec le Christ vivant, où la foi et l’intelligence se complètent, et où l’Esprit Saint nous guide pour comprendre le message de salut que Dieu veut nous transmettre aujourd’hui.
Conclusion
La question « Qui est Jésus-Christ ? » ne peut rester théorique. Elle appelle une réponse personnelle. Comme les disciples, chacun de nous est invité à passer d’une connaissance extérieure à une rencontre vivante. Mais pour savoir ce qu’a fait et ce qu’a dit le Christ, il nous faut passer par une lecture sérieuse des Évangiles.
Vivant aujourd’hui, Jésus se révèle à ceux qui le cherchent avec un cœur ouvert. Il nous invite à entrer dans une relation de foi fondée sur la vérité de l’histoire et éclairée par la lumière de Dieu. « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » demandait jadis Jésus à ses disciples. Cette question est posée, aujourd’hui encore, à tous ceux qui veulent devenir chrétiens.
Pour aller plus loin...
Catéchisme et Youcat
Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 101-141
Youcat nn. 7-19
Livres
Dominique BARTHÉLEMY, Dieu et son image : ébauche d’une théologie biblique,
Paris, Cerf, 2009.
ÉPHREM DE NISIBE, Commentaire de l’Évangile concordant ou Diatessaron, Coll.
« Sources Chrétiennes », no 121, Paris, Cerf, 1976.
Marie-Joseph LAGRANGE, L’Évangile de Jésus Christ : avec la synopse évangélique,
trad. Ceslas LAVERGNE, contribution : Jean-Michel Poffet, Rivero, Manuel
Rivero, Perpignan, Artège-Lethielleux, 2017.
Joseph RATZINGER, L’enfance de Jésus, Paris, Flammarion, 2012.
Joseph RATZINGER, Jésus de Nazareth, t. 1 et 2, Paris, Flammarion, 2007.

Credo
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