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Chapitre 5

La création et la chute

Script de la vidéo

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1,1)

Au commencement, Dieu crée

Quand la Bible s’ouvre par ces mots simples et solennels — « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » — elle ne cherche pas d’abord à nous donner une leçon de cosmologie ou de physique. Elle nous introduit dans une confession de foi. Avant toute chose, avant tout calcul, avant toute mesure du temps ou de l’espace, il y a ce geste libre de Dieu : créer. Dire que Dieu crée, ce n’est pas dire qu’il organise un chaos préexistant, ni qu’il transforme une matière déjà là. La foi chrétienne affirme quelque chose de radical : Dieu crée à partir de rien. Tout ce qui existe — visible et invisible — reçoit son existence de lui, et continue d’en dépendre à chaque instant. Le monde n’est pas seulement né de Dieu un jour lointain ; il est continuellement porté, soutenu, voulu par Dieu. Cela change profondément notre regard sur la réalité. Le monde n’est pas absurde, ni livré au pur hasard. Il n’est pas non plus divin. Il est créé, donc distinct de Dieu, mais voulu par lui, aimé par lui, et fondamentalement bon.

Deux récits, une même vérité

Les premiers chapitres de la Genèse nous offrent deux récits de la création, différents par leur style et leur perspective. Le premier est majestueux, ordonné, rythmé par les jours : Dieu parle, et les choses adviennent. Le second est plus intime : Dieu façonne l’homme, lui insuffle le souffle de vie, le place dans un jardin. Ces récits ne sont pas en concurrence. Ils ne sont pas là pour satisfaire notre curiosité historique ou scientifique. Ils révèlent des vérités théologiques fondamentales. Le premier récit proclame que tout vient de la Parole de Dieu, que le monde est ordonné, intelligible, et que la création atteint son sommet avec l’homme et la femme, créés à l’image de Dieu. Le second met en lumière la relation personnelle entre Dieu et l’homme, la proximité, la vocation à la communion, et déjà la possibilité du drame. Lire ces récits comme des mythes naïfs serait une erreur. Les lire comme des reportages scientifiques en serait une autre. Ils sont une Parole de Dieu, transmise dans un langage symbolique et narratif, pour dire ce qui est le plus vrai.

Créé par amour

Dieu n’avait pas besoin de créer. Il n’a pas créé par manque, par solitude ou par nécessité. Dieu est plénitude, bonheur parfait, communion éternelle. S’il crée, c’est par liberté et par amour. La tradition chrétienne le dit avec force : Dieu a créé pour manifester et partager sa bonté. La création est une surabondance. Elle est le fruit d’un amour qui déborde. Voilà pourquoi la Bible peut répéter, comme un refrain, que tout ce que Dieu fait est « bon », et même « très bon ». Cette bonté divine se reflète dans la diversité de la création. Il n’y a pas une seule créature, mais une multitude. Comme un artiste qui explore toutes les nuances d’une même beauté, Dieu crée une richesse infinie de formes, de vies, de relations. La diversité n’est pas un défaut : elle est le signe de la générosité du Créateur.

L’homme à l’image de Dieu

Au cœur de cette création se tient l’être humain. Non pas comme un tyran, mais comme un intendant, un gardien. L’homme est créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu ». Cette affirmation est décisive. Être à l’image de Dieu ne signifie pas que l’homme ressemble physiquement à Dieu, mais qu’il partage quelque chose de sa vie spirituelle : l’intelligence et la liberté, la capacité de connaître la vérité et d’aimer. L’être humain est une unité de corps et d’âme. Il n’est pas une âme enfermée dans un corps, ni un corps animé par hasard. Son corps le relie au monde matériel ; son âme spirituelle l’ouvre à Dieu, à la vérité, à l’éternité. Cette âme n’est pas le produit de la biologie. Elle est créée directement par Dieu. Chaque personne humaine est donc voulue pour elle-même, appelée à une relation personnelle avec son Créateur. Voilà pourquoi toute vie humaine a une dignité immense.

Foi et science

Beaucoup pensent encore que croire en la création serait incompatible avec la science moderne. C’est une idée reçue. La foi chrétienne ne s’oppose pas aux découvertes scientifiques authentiques. Elle les accueille, les respecte, et les situe dans un horizon plus large. La science décrit comment les phénomènes se produisent ; la foi répond à la question du pourquoi ultime. Exemple : mon garagiste peut expliquer comment fonctionne ma voiture ; il ne dira pas pourquoi je vais la conduire. Les théories cosmologiques ou biologiques — y compris l’évolution — ne disent rien sur le sens ultime de l’existence. Elles décrivent des processus, non une origine absolue. Dire que le corps humain a pu évoluer à partir de formes de vie antérieures ne contredit pas la foi, à condition de reconnaître que l’âme spirituelle ne peut pas être le produit de la matière. À chaque conception, Dieu crée une âme unique, appelée à vivre pour toujours. Foi et raison ne sont pas ennemies. Elles viennent de la même source : Dieu, qui est Vérité.

L’harmonie première

Nos premiers parents, Adam et Ève, sont présentés comme vivant dans un état que la tradition appelle la justice originelle. Cela signifie qu’ils vivaient dans une relation juste et harmonieuse : avec Dieu, entre eux, en eux-mêmes, et avec la création. Ils connaissaient Dieu, l’aimaient, et trouvaient naturel de faire le bien. Leur liberté n’était pas une lutte, mais une adhésion confiante. La mort et la souffrance ne devaient pas faire partie de leur expérience. Mais cette harmonie n’était pas automatique. Elle reposait sur une relation vivante, libre, fragile. Dieu ne voulait pas des créatures programmées, mais des personnes capables d’aimer vraiment.

La chute : vouloir être Dieu

Le récit de la chute ne raconte pas une transgression alimentaire. Il révèle un drame spirituel. L’homme et la femme sont tentés de se passer de Dieu, de décider eux-mêmes du bien et du mal, de devenir leur propre mesure, de ne plus vouloir être ce qu’ils étaient, des créatures. Autrement dit, ils voulaient être comme Dieu, ils voulaient être Dieu. Le péché originel est un abus de la liberté. Ce n’est pas seulement un acte passé ; c’est une rupture qui marque toute l’humanité jusqu’à aujourd’hui. En se détournant de Dieu, l’homme se blesse lui-même. Les conséquences sont profondes : la relation à Dieu est abîmée, les relations humaines deviennent conflictuelles, et l’homme fait l’expérience d’une division intérieure. Le bien est reconnu, mais devient difficile à accomplir. C’est ce que la tradition appelle la concupiscence.

Il est essentiel de le dire clairement : le péché n’a pas détruit la nature humaine. Elle reste fondamentalement bonne, mais blessée. L’homme n’est pas condamné au mal, mais il ne peut pas se sauver par ses seules forces. La doctrine du péché originel est souvent mal comprise, mais elle est profondément réaliste. Elle explique pourquoi le monde est à la fois beau et tragique, pourquoi nous aspirons au bien tout en luttant pour l’accomplir. Et surtout, elle prépare une Bonne Nouvelle.

La grâce surabonde

La foi chrétienne ne s’arrête jamais à la chute. Dès les premières pages de la Bible, une promesse se dessine. Dieu ne renonce pas à l’homme. Il vient le chercher. La doctrine du péché originel est le revers d’une réalité lumineuse : l’annonce du Salut. Si tous meurent en Adam, tous peuvent recevoir la vie dans le Christ. Là où le péché a abondé, la grâce surabonde. La création blessée n’est pas abandonnée. Elle est appelée à être recréée. Et c’est dans cette espérance que nous avançons, déjà guéris en germe, en attendant l’accomplissement.

Pour conclure, la création et la chute ne sont pas seulement des récits du passé. Elles éclairent notre présent. Elles nous disent qui nous sommes, d’où nous venons, et à quoi nous sommes appelés. Créés par amour, blessés par le péché, mais destinés à la vie en Dieu.

C’est à partir de là que toute la foi chrétienne prend sens. 

Bible et Art

La création — Genèse 1, 1-31

Au principe, Dieu créa le ciel et la terre. Or, la terre était inane et vide

et les ténèbres sur la face de l’abysse et l’esprit de Dieu se mouvait sur les eaux. 

La chute — Genèse 3, 1-14

Mais encore le serpent était le plus rusé de l'ensemble des [êtres] animés de la terre que le Seigneur Dieu avait faits et il dit à la femme :
— Pourquoi Dieu vous a-t-il prescrit de ne manger d'aucun arbre du paradis ?

À quoi la femme répondit :

Du fruit des arbres du paradis, nous nous nourrissons mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du paradis Dieu nous a prescrit de ne pas en manger et de ne pas toucher à celui-là, de peur que nous ne mourions.

Pour aller plus loin...

Catéchisme et Youcat

Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 279-421.

Youcat nn. 41-70

Livres

Joseph RATZINGER, Au commencement, Dieu créa le Ciel et la Terre, Paris, Fayard,

2005.

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Un livre publié aux éditions du Cerf.

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