Sélectionner Une Page

Chapitre 3

Introduction à la prière
et aux sacrements

Script de la vidéo

La foi chrétienne ne se limite pas à un ensemble de vérités à connaître. Elle est une vie reçue de Dieu, une vie qui se déploie et grandit dans l’existence concrète des croyants. Cette vie nous est donnée. Elle est nourrie et fortifiée par deux réalités fondamentales : la prière et les sacrements. Comprendre la prière et les sacrements, c’est donc comprendre comment Dieu agit réellement dans la vie des hommes, aujourd’hui, et comment l’homme est rendu capable de répondre à cette action divine.

1. Le but de la vie chrétienne : participer à la vie de Dieu

La tradition affirme avec force que l’homme est appelé à une vocation particulière, surnaturelle : participer à la vie de Dieu, être introduit dans une communion réelle avec lui, rendue possible par la grâce. On parle même d’amitié avec Dieu. La vie chrétienne doit donc être comprise comme une relation avec Dieu, qui est une vie de transformation progressive, dans laquelle tout l’être, dès ici-bas — l’intelligence, la volonté, les affections et même le corps —, est ordonné à Dieu et unifié par lui.

 

  1. La prière : une élévation vers Dieu

La prière est généralement définie comme l’élévation de l’âme vers Dieu. Prier, c’est se tourner vers Dieu tel qu’il se révèle, avec tout ce que l’on est. La prière n’est donc pas réservée à une élite spirituelle. Elle appartient à la vie ordinaire de tout baptisé. Elle peut être simple ou plus développée, brève ou prolongée, silencieuse ou formulée en paroles. Ce qui la caractérise essentiellement, c’est cette orientation intérieure de l’homme vers Dieu. Prenons un exemple : la vie sociale ordinaire (notre famille, nos amitiés) suppose de passer du temps avec les personnes que nous aimons. Si nous prétendons connaître le président de la République, sans jamais l’avoir rencontré, il s’agit d’un mensonge… Il en va de même pour Dieu : Dieu, que nous connaissons et que nous aimons, parce que nous le fréquentons, concrètement, dans la prière et les sacrements. Sans quoi, notre vie chrétienne n’aurait pas vraiment de réalité. 

La foi chrétienne confesse l’unité de la personne humaine. L’homme ne prie pas seulement par son esprit, mais avec tout son être, corps et âme. Les gestes de la prière – se tenir debout, s’agenouiller, joindre les mains, faire le signe de la croix – ne sont pas accessoires. Ils expriment corporellement le mouvement intérieur de l’âme vers Dieu. Ils éduquent aussi la personne humaine à une juste attitude devant le Seigneur. La liturgie de l’Église – elle qui est une mère sur les genoux de laquelle nous apprenons à prier – manifeste de manière exemplaire cette unité. Par l’ensemble de ses paroles, de ses gestes, de ses silences, l’Église nous éduque.

La tradition distingue quatre formes fondamentales de la prière, qui expriment les grandes attitudes de l’âme devant Dieu. La première est l’adoration. Adorer, c’est reconnaître Dieu comme Dieu, et se tenir devant lui dans une attitude de vérité et d’humilité. L’adoration fonde toutes les autres formes de prière. Pensez par exemple aux premières demandes du Notre Père, l’école de toute vraie prière : « que ton nom soit sanctifié ; que ton règne » : nous commençons par un décentrement. » Vient ensuite la contrition, par laquelle l’homme reconnaît son péché et se tourne vers la miséricorde de Dieu. Cette reconnaissance n’est pas un enfermement sur soi, mais une ouverture confiante à l’amour qui pardonne. La troisième forme est l’action de grâce. Elle consiste à reconnaître les dons reçus de Dieu et à lui rendre grâce pour son œuvre dans notre vie et dans le monde. Enfin, il y a la supplication ou la demande, par laquelle l’homme présente à Dieu ses besoins, ceux de ses proches et ceux du monde entier. La supplication s’enracine dans la confiance filiale envers Dieu. 

Alors attention, si bien sûr nous devons les distinguer, ces différentes formes ne sont pas séparées ; elles s’appellent et se soutiennent mutuellement.

 

  1. La prière personnelle et la prière liturgique

Tout ceci étant dit, il faut toutefois être vigilant à une réduction fréquente : la vie chrétienne comporte une dimension personnelle évidemment, mais aussi une dimension ecclésiale, communautaire. La prière personnelle est indispensable : elle permet à chacun d’entrer dans une relation vivante avec Dieu, dans le secret du cœur.

Mais cette prière trouve son modèle, sa source et son sommet dans la prière liturgique de l’Église, et tout particulièrement dans la célébration de l’Eucharistie, source et sommet de toute la vie chrétienne, comme nous l’enseigne le Concile Vatican II. Le Notre Père est rédigé au pluriel. « Notre » Père, et non pas simplement « mon » Père.

La prière personnelle (qui n’est jamais individuelle donc) dispose le croyant à une participation plus profonde à la liturgie, et dans l’autre sens, la liturgie nourrit et structure la prière personnelle. Il y a là une circulation vitale entre l’intime – le secret de son cœur — et la communauté.

 

  1. Les sacrements : signes efficaces de la grâce

La prière est vitale, donc, mais il est un lieu où le Christ ressuscité est particulièrement actif : les sacrements, qui occupent une place centrale dans la vie de l’Église et de chaque chrétien. Notre prière culmine ici sur terre dans la vie sacramentelle de l’Église. Les sacrements rendent le Seigneur incarné présent parmi nous ; dans les sacrements, nous avons la certitude que nous rencontrons le Christ et qu’une force sort de lui (comme dans l’Évangile) pour nous guérir et nous perfectionner. Comme le disait S. Léon le Grand, au Ve siècle, « ce qui était visible en notre Sauveur est passé dans ses mystères », c’est-à-dire dans les sacrements. 

Ceux-ci peuvent être définis comme des signes efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l’Église, par lesquels la vie divine nous est offerte. Ils sont des signes, parce qu’ils utilisent des réalités visibles ordinaires – de l’eau, du pain, du vin, des paroles, des gestes — adaptés à notre condition incarnée — pour signifier une réalité invisible. Mais ils sont aussi efficaces : ils produisent réellement ce qu’ils signifient.

Les sacrements correspondent ainsi à différents aspects de notre vie spirituelle, et chacun des sept sacrements communique quelque chose de distinct. 

Prenons l’exemple de notre vie biologique : nous naissons, certes, mais cela ne suffit pas. Nous devons également vivre, grandir, nous nourrir, nous laver, etc. Il en va de même pour la vie surnaturelle qui nous est communiquée : 

Par le baptême, l’homme entre dans la vie divine et devient enfant de Dieu. Par la confirmation, il est fortifié par le don de l’Esprit Saint. Par l’Eucharistie, il est nourri du Corps et du Sang du Christ et uni plus étroitement à lui. Par la pénitence et la réconciliation, il reçoit le pardon des péchés et est restauré dans la communion avec Dieu. Par l’onction des malades, il est soutenu dans la souffrance et la faiblesse. Par le mariage, les époux et la famille sont sanctifiés. Par le sacrement de l’ordre, Dieu donne sa grâce à certains hommes choisis par l’Église afin qu’il enseigne, sanctifie et gouverne les fidèles. 

Qu’il s’agisse de la prière et des sacrements, on trouve la même réalité, que l’on appelle la grâce. La grâce est un don gratuit que Dieu fait à l’homme. Elle rend capable de vivre en communion avec lui : Dieu nous adapte de l’intérieur ; autrement dit, cette grâce n’est pas extérieure à nous ; elle transforme intérieurement notre âme. Elle éclaire l’intelligence, fortifie la volonté, ordonne les affections et ouvre progressivement l’homme à l’amour de Dieu.

Et toute la vie chrétienne consiste précisément à accueillir cette grâce, à y coopérer et à la laisser porter du fruit. 

 

Conclusion

Vous l’aurez compris, la prière et les sacrements ne sont pas des réalités marginales de la foi chrétienne. Ils en constituent le cœur vivant. Par la prière, l’homme se tourne vers Dieu. Par les sacrements, Dieu vient à la rencontre de l’homme et agit en lui.

Ainsi, la vie chrétienne se déploie comme une relation réelle et durable avec Dieu, dans laquelle l’homme est progressivement configuré au Christ et conduit vers la plénitude de la vie divine. Avec eux, c’est déjà la réalité du Ciel que nous expérimentons ici-bas.

Bible et Art

La prière du Notre Père — Matthieu 6, 9-13

C'est donc ainsi que vous prierez :

— Notre Père qui es aux cieux
que ton nom soit sanctifié
que vienne ton règne
qu'advienne ta volonté et au ciel, et sur terre. 

Pour aller plus loin...

Catéchisme et Youcat

Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 1066-1209.

Youcat nn. 166-193

Livres

Jean-Marie GUEULLETTE, Petit traité de la prière silencieuse, Paris, Albin Michel,

2015.

Jacques PHILIPPE, Apprendre à prier pour apprendre à aimer, Paris, EDB, 2013.

Joseph RATZINGER, Lesprit de la liturgie, Perpignan, Artège, 2019.

Romano GUARDINI, Initiation à la prière, Perpignan, Artège, 2013.

Approfondissez votre foi.

Credo

Comprendre et vivre la foi catholique

Un livre publié aux éditions du Cerf.

Province de Toulouse
1, impasse Lacordaire
31400 Toulouse

Institutions

Dominicains de la Province de Toulouse

Diocèse de Monaco

Thomistic Institute

Éditions du Cerf