Chapitre 27
Vivre l’enseignement de l’Église
dans une société sécularisée
Script de la vidéo
Vivre en chrétien dans un monde sécularisé
Beaucoup de catéchumènes et de recommençants font cette expérience : au début, la foi apparaît lumineuse, libératrice, pleine de promesses. Elle apporte une clarté nouvelle, une paix intérieure, une joie parfois inattendue. Puis vient un moment où l’on se heurte à une tension : comment vivre l’Évangile dans une société qui ne pense plus chrétiennement ? Comment rester fidèle sans se couper des autres ? Comment demeurer vrai sans devenir dur ?
1. Deux tentations à éviter
Et cette tension peut produire deux tentations opposées. La première tentation est de se durcir. On se met en position de défense. On parle plus fort, on juge plus vite, on se replie. On garde la vérité, mais on perd la charité. La seconde tentation est de se dissoudre. Pour éviter le conflit, on arrondit tout. On se dit que l’Église exagère, que tout cela n’est peut-être plus si important. On garde une identité chrétienne vague… mais on perd la vérité.
2. La troisième voie : être transformé
Saint Paul nous indique une troisième voie : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais laissez-vous transformer par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu » (Rm 12,2). Cela signifie : ne pas copier le monde, mais ne pas le fuir non plus. Être transformé intérieurement. Être consacré dans la vérité. Non pas une vérité qui écrase, mais une vérité qui sauve, qui libère, qui guérit. L’enseignement de l’Église n’est pas un marteau. C’est une lumière. Parfois une lumière exigeante, oui, mais toujours orientée vers la vie.
Jésus emploie lui-même des mots forts. Il parle du « monde » comme d’une logique qui peut refuser la lumière. Et pourtant, il précise clairement qu’il n’est pas venu pour condamner le monde, mais pour le sauver. C’est essentiel : la vérité chrétienne n’est pas d’abord une opinion morale. Elle est une proposition de salut.
3. La vérité qui libère
Lorsque Jésus dit : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jn 8,32), il ne parle pas d’un débat théorique. Il parle d’une libération réelle : être libéré du mensonge, du péché, de ce qui enferme le cœur humain. Voilà pourquoi l’Église parle de fidélité, de mariage, de sexualité, de cohérence de vie. Non parce qu’elle voudrait contrôler les consciences, mais parce qu’elle croit que l’homme peut se construire dans la vérité… ou se blesser dans le mensonge.
Dans une société sécularisée, le chrétien est appelé à une double fidélité : vivre personnellement une cohérence évangélique, et témoigner sans agressivité, mais sans renoncer à la vérité.
4. Une maison de pécheurs pardonnés
Beaucoup aujourd’hui portent des histoires blessées : divorces, séparations, recompositions. Ce sont souvent des situations de grande souffrance. L’Église ne regarde jamais ces situations avec dureté, elle ne les banalise pas, elle les accueille avec compassion et réalisme. L'Église les accompagne avec une grande miséricorde. La miséricorde du Christ est toujours offerte. L’Église n’est pas un club de parfaits. Elle est une maison de pécheurs pardonnés, un lieu de guérison.
Une personne divorcée-remariée, par exemple, n’est pas exclue de l’Église. Elle peut participer à la messe, écouter la Parole de Dieu, prier, faire le bien, grandir dans la foi. L’Église propose aussi des chemins d’accompagnement, de discernement, et parfois une démarche de reconnaissance de nullité, lorsque l’on cherche à établir si un véritable mariage sacramentel a existé.
Même lorsque certaines limites sacramentelles existent, la grâce de Dieu n’est jamais absente. S’abstenir de la communion dans de telles situations peut même devenir un témoignage de la vérité de la parole de Jésus. L’écoute de la Parole de Dieu est déjà une union au Christ. Dieu continue d’agir. La vie chrétienne ne s’arrête jamais. Tout bien contribue à la conversion totale. La conversion est toujours possible.
- La dignité de chaque personne
Dans notre époque, les questions liées à la sexualité et aux relations humaines suscitent souvent des tensions profondes. Beaucoup y sont confrontés dans leur propre famille, parmi leurs amis, ou dans leur entourage.
Il est donc essentiel de comprendre la position de l’Église avec justesse. L’Église affirme d’abord, avec une force absolue, la dignité de chaque personne humaine. Toute personne est créée à l’image de Dieu. Toute personne est aimée de Dieu. Toute personne est appelée à la sainteté. Mais l’Église distingue la personne, ses désirs, et ses actes. Une personne n’est jamais réduite à ses désirs ni à ses actes. Sa dignité est plus profonde. Saint Augustin a exprimé cela dans une formule devenue classique : « Aime les personnes, mais hais le péché » (Lettre 211, 11). Nous voyons cette attitude en Jésus lui-même face à la femme adultère. Il lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. » Mais il ajoute : « Va, et désormais ne pèche plus » (Jn 8,11). Le Christ unit parfaitement la miséricorde et la vérité. Il aime la personne, et il la libère du mal qui la blesse.
6. La sexualité, un langage du corps
La charité chrétienne n’est ni le mépris, ni le relativisme. Elle est un amour vrai, qui veut le bien véritable de l’autre. Pour comprendre l’enseignement de l’Église, il faut revenir à sa vision de l’homme. La sexualité n’est pas un simple fait biologique ni un simple loisir intime. Elle est un langage du corps. Elle exprime un don total de la personne. Elle est ordonnée à la communion et à la vie. C’est pourquoi l’Église enseigne que l’union sexuelle trouve sa vérité dans l’alliance stable et fidèle d’un homme et d’une femme, ouverte à la vie. Cette vision n’est pas une interdiction arbitraire. Elle est une affirmation de la grandeur de l’amour humain. Elle protège la fidélité, la stabilité, et la dignité de la personne.
7. Comment témoigner ?
La question devient alors concrète : comment témoigner dans la vie quotidienne ? Trois repères peuvent nous guider. D’abord, commencer par la personne. Avant toute idée, il y a un visage. Une histoire. Des blessures parfois. Le chrétien commence par écouter, respecter, aimer. Ensuite, parler à partir du positif. L’Église dit un grand oui : oui à la dignité du corps, oui à la fidélité, oui à la stabilité, oui à un amour qui engage toute la vie. Enfin, ne pas confondre convaincre et aimer. La foi ne se transmet pas par la force, mais par le témoignage. Une vie cohérente, humble, et fidèle parle souvent plus fort que de longs discours.
Imaginons un repas de famille. La discussion devient tendue. Quelqu’un dit : « L’Église juge tout le monde. » Deux erreurs sont possibles : répondre avec dureté, ou se taire par peur. Une réponse chrétienne pourrait être simple : « Je comprends que cela puisse sembler difficile. Mais je crois que l’Église ne veut pas condamner. Elle propose un chemin de vie. Elle croit que la vérité du Christ libère. Et moi aussi, je suis en chemin. » La vérité dite avec douceur ouvre souvent plus de portes que la vérité imposée avec dureté.
8. Devenir des témoins transformés
Saint Paul ne nous appelle pas à devenir des combattants amers. Il nous appelle à être transformés. Le témoignage chrétien ne consiste pas seulement à défendre des idées, mais à devenir une personne transformée par le Christ. Car ce qui touche le cœur humain, ce n’est pas d’abord un raisonnement, mais la lumière d’une vie habitée par Dieu. Peu à peu, sans bruit, la lumière agit. Car la vérité chrétienne n’est pas une idéologie que l’on impose, mais une vie que l’on reçoit. Et cette vie, lorsqu’elle est vécue avec simplicité, devient elle-même un appel. C’est ainsi que le Christ continue de toucher les cœurs : non seulement par des paroles, mais à travers des témoins.
Vivre en chrétien dans un monde sécularisé, c’est tenir ensemble trois réalités : la vérité du dessein de Dieu, la miséricorde du Christ pour les personnes blessées, et la charité concrète envers tous. Ce chemin demande du courage, mais il conduit à la liberté. Et le monde a besoin, aujourd’hui plus que jamais, non pas de chrétiens parfaits, mais de chrétiens vrais. Demandons à Dieu la grâce d’être transformés intérieurement, afin de discerner ce qui lui plaît, et de devenir, dans ce monde, des témoins de sa lumière.
Bible et Art
La décollation de Jean le précurseur — Marc 6, 14-29
Hérode lui-même avait envoyé arrêter Jean, l'avait fait enchaîner en prison à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe, parce qu’il l'avait épousée.
Jean en effet disait à Hérode :
— Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère.
Or, Hérodiade lui tendait des pièges et voulait le faire mourir et elle ne le pouvait pas. Hérode en effet craignait Jean sachant qu'il était un homme juste et saint et il le gardait et une fois qu'il l'avait écouté, il faisait beaucoup de choses et l’écoutait avec plaisir.
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Pour aller plus loin...
Catéchisme et Youcat
Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 2373-2400 ; 2464 ; 2474.
Youcat nn. 416-425.
Livres
À Diognète, coll. « Sources chrétiennes », no 33 bis, Paris, Cerf, 2013.
Congrégation pour la doctrine de la foi, Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles, Paris, Cerf, 2003.
BENOÎT XVI avec Peter SEEWALD, Lumière du monde. Le pape, l’Église et les signes des temps, Paris, Bayard, 2010.

Credo
Comprendre et vivre la foi catholique
Un livre publié aux éditions du Cerf.
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