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Chapitre 23

L’amour du prochain

Script de la vidéo

Introduction

La vie chrétienne est un chemin concret d’amour inspiré par l’Esprit Saint. Cet amour a un nom révélé : la charité qui nous fait aimer Dieu par-dessus tout et, à cause de Dieu, notre prochain. Aimer n’est donc pas un sentiment ni un devoir imposé de l’extérieur, c’est une décision, un choix, c’est vouloir aimer. Cette volonté est inspirée par la grâce. Dieu répand son amour dans nos cœurs afin que nous devenions capables d’aimer comme le Christ a aimé.

1. Aimer Dieu et s’aimer soi-même

Lorsque Jésus résume toute la loi, il commence par ces mots : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ». Cet enseignement n’est pas arbitraire. Il révèle l’ordre juste de l’amour. Dieu vient toujours en premier, non parce qu’il aurait besoin de notre amour, mais parce qu’il est la source de tout bien et de toute vie.

Après Dieu vient le bien de notre propre âme. Cela peut surprendre, voire déranger, mais il ne s’agit pas d’égoïsme. Chercher à être en amitié avec Dieu, désirer vivre dans sa grâce, vouloir éviter le péché, c’est poser le fondement indispensable de tout amour authentique. Jésus ne dit pas : « Aime ton prochain plus que toi-même », mais bien « comme toi-même ».

Si nous ne voulons pas notre propre bien spirituel, nous ne pourrons jamais vouloir sincèrement le bien des autres. C’est pourquoi il n’est jamais juste de commettre un mal ou un péché sous prétexte d’aider quelqu’un. Abandonner Dieu ne permet jamais de servir réellement le prochain. Comme le rappelle Jésus : « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5). La charité ne peut jamais être séparée de la vérité.

Toutefois l’amour du bien de notre propre corps vient après l’amour du prochain. La santé, le repos, la nourriture, le confort : ces biens sont réels et bons, mais ils ne sont jamais premiers même au regard de l’amour du bien spirituel d’autrui.

 

2. Aimer son prochain comme soi-même

Ce n’est qu’après avoir aimé Dieu et le bien de notre âme que nous sommes appelés à aimer notre prochain. Aimer son prochain ne signifie pas aimer tout le monde de la même manière. Saint Thomas d’Aquin explique qu’il est normal, et même juste, d’aimer davantage ceux qui nous sont les plus proches, car la charité respecte l’ordre des relations concrètes. Il écrit : « La charité a un ordre, selon lequel on aime davantage ceux qui sont plus étroitement unis à nous » (Somme théologique, II-II, q. 26, a. 7).

L’amour chrétien n’efface donc pas les relations naturelles : il les purifie et les ordonne. Le quatrième commandement en est un exemple clair : « Honore ton père et ta mère ». Nous leur devons un amour particulier, car ils nous ont donné la vie et se sont donnés pour nous. Les honorer signifie les écouter, les respecter, leur être reconnaissants et les soutenir, surtout lorsqu’ils deviennent fragiles ou dépendants.

Viennent ensuite les autres membres de la famille : conjoints, enfants, frères et sœurs, petits-enfants. Puis les amis, les voisins, les collègues, ceux avec qui nous partageons un lien réel. Enfin, nous sommes appelés à aimer toute personne que Dieu met sur notre route, même de manière imprévue.

L’amour chrétien est universel dans son intention, mais concret dans son exercice. Il ne se réduit pas aux sentiments. Il est normal de ne pas ressentir de sympathie pour tout le monde. Ce qui compte, ce n’est pas d’aimer spontanément, mais de choisir le bien de l’autre. Aimer, c’est vouloir le bien, même lorsque cela demande un effort. À travers nos efforts, et par la grâce de Dieu, nous parviendrons à aimer joyeusement. Nous pourrons alors dire en vérité à notre prochain : « Je suis heureux que tu sois là. »

En particulier, le Seigneur nous demande d’aimer nos ennemis. Cela semble paradoxal. Il ne s’agit pas de nier l’injustice réelle que l’on subit. Il faut au moins respecter leur dignité d’homme et ne pas commettre d’injustice envers eux. Il faut aussi désirer leur conversion et leur salut. Enfin, le Christ sur la Croix nous appelle à prier comme lui : « Père, pardonne-leur ! Ils ne savent pas ce qu’ils font. »

3. L’amour en acte

L’amour du prochain, tel que le révèle l’Évangile, ne peut jamais se réduire à de simples intentions ou à des sentiments généreux. Il engage toute la personne et demande à se traduire en actes concrets. C’est pourquoi l’Église, à la suite du Christ, a toujours rappelé l’importance des œuvres de miséricorde, qui rendent visible la charité dans la vie quotidienne.

Les œuvres de miséricorde corporelles répondent aux besoins essentiels du corps humain. Donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir l’étranger, visiter les malades et les prisonniers, ensevelir les morts : ces gestes simples sont profondément évangéliques. Jésus lui-même les place au cœur du jugement dernier : « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger » (Mt 25). À travers ces actes, le chrétien reconnaît la dignité inaliénable de chaque personne et voit dans le pauvre, le malade ou l’exclu le visage même du Christ.

Mais l’homme ne se réduit pas à ses besoins matériels. Il est un être appelé à la communion avec Dieu. C’est pourquoi l’Église enseigne aussi les œuvres de miséricorde spirituelles, souvent plus discrètes et parfois plus exigeantes encore. Conseiller celui qui est dans le doute, enseigner celui qui ignore, reprendre avec douceur celui qui se trompe, consoler celui qui souffre, pardonner les offenses, supporter avec patience les faiblesses d’autrui, prier pour les vivants et les morts : ces œuvres touchent le cœur même de la personne.

Ainsi, les œuvres de miséricorde rappellent que l’amour chrétien vise le bien total de la personne, corps et âme, pour aujourd’hui et pour l’éternité. Elles unifient foi et vie, prière et action, amour de Dieu et amour du prochain. En les pratiquant, le chrétien ne se contente pas de faire le bien : il participe à l’œuvre même du Christ, venu non pour être servi, mais pour servir, et pour donner sa vie en rançon pour la multitude.

4. Aimer la vie au début

Aimer son prochain implique nécessairement de respecter sa vie. Le cinquième commandement – « Tu ne tueras point » – exprime une vérité fondamentale : il est toujours gravement mauvais de tuer directement une personne innocente. Le Catéchisme l’affirme sans ambiguïté : « La vie humaine doit être respectée et protégée de manière absolue dès le moment de la conception » (CEC, n° 2270).

Dès la conception, un nouvel être humain existe. Il ne s’agit pas d’un simple amas de cellules, mais d’une personne humaine, porteuse d’une dignité inviolable. C’est pourquoi l’avortement est moralement grave. Toutefois, l’Église proclame aussi avec force la miséricorde de Dieu. Aucune faute n’est plus grande que la miséricorde divine, et Dieu désire guérir les cœurs blessés.

Le respect de la vie concerne également certaines pratiques médicales qui transforment la vie humaine en objet technique. Lorsque la vie n’est plus accueillie comme un don, mais produite, sélectionnée ou éliminée, sa dignité est profondément menacée.

5. Aimer la vie à la fin

Aimer son prochain signifie aussi accompagner les malades, les personnes âgées et les mourants avec respect et compassion. La médecine est au service de la vie, non de la mort. Car la valeur d’une vie humaine ne dépend jamais de son état de santé, de ses capacités ou de son autonomie. Saint Jean-Paul II l’exprimait avec force : « La valeur de la vie humaine ne dépend pas de sa condition, mais du simple fait qu’elle est une vie humaine » (Evangelium vitae, n° 34).

Sur cette question, il est essentiel de distinguer d’une part l’euthanasie, qui est un acte de mise à mort directe, et d’autre part, l’arrêt d’un traitement extraordinaire devenu disproportionné. Mettre fin intentionnellement à une vie humaine est toujours moralement mauvais, contraire à une vraie charité. En revanche, accepter les limites de la médecine n’est pas refuser la vie. Jusqu’au bout, la personne doit être nourrie, hydratée, soulagée, accompagnée et aimée.

Conclusion

À travers cet itinéraire, une vérité fondamentale se dégage : l’amour chrétien ne relève ni d’un vague sentiment, ni d’une générosité désordonnée. Il est une réponse à l’amour premier de Dieu, qui donne à l’homme sa juste mesure et son véritable horizon. Aimer Dieu par-dessus tout, vouloir le bien de son âme, aimer le prochain selon un ordre juste et concret, respecter la vie à toutes ses étapes : tout cela ne forme pas une morale fragmentée, mais une unique logique de charité, enracinée dans la vérité de l’homme et dans le dessein de Dieu.

Dans un monde souvent tenté de séparer l’amour de la vérité, ou la compassion de la responsabilité morale, l’Évangile rappelle que l’on ne peut servir authentiquement l’homme qu’en le regardant à la lumière de Dieu. Là où Dieu est oublié, l’amour se fragilise ; là où Dieu est accueilli, l’amour devient capable de fidélité, de sacrifice et de durée.

 

Bible et Art

La parabole du bon samaritain — Luc 10, 25-37

Jésus dit :
— Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et couvert de plaies, s'en allèrent en le laissant à moitié mort.

Or, il se trouva qu'un prêtre descendait par le même chemin et, le voyant, il passa outre.

Pareillement un lévite, se trouvant près de ce lieu, le vit, passa outre. Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui et, le voyant, fut ému de miséricorde.

Pour aller plus loin...

Catéchisme et Youcat

Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 1447 ; 1706 ; 1877-1927 ; 2196.

Youcat nn. 290 ; 309 ; 378-394 ; 450-451.

Magistère

JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Evangelium vitæ, 1995.

LÉON XIV, exhortation apostolique Dilexi Te, 2025.

CONSEIL PONTIFICAL JUSTICE ET PAIX, Compendium de la Doctrine sociale de lÉglise, Paris, Cerf, 2004.

Livres

AUGUSTIN, Commentaire de la Première Épître de saint Jean, éd. Paul Agaësse, coll. « Sources chrétiennes », no 75, Paris, Cerf, 1961.

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