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Chapitre 22

L'amour de Dieu

Script de la vidéo

« Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » (Jn 14,15)

Le cœur de la foi : l’amour

On peut entrer dans la foi par mille chemins : une question, une épreuve, une rencontre, une beauté, une soif intérieure. Mais une fois entré, il faut le dire clairement : le cœur du christianisme, c’est l’amour. Saint Paul l’affirme avec une force unique : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges… s’il me manque l’amour, je ne suis rien » (1 Co 13). Il ne dit pas : « je ne suis pas très avancé », il dit : « je ne suis rien ». Autrement dit : sans l’amour, même les plus belles œuvres peuvent devenir creuses ; sans l’amour, la foi se transforme en idée, l’obéissance en rigidité, la morale en performance, la religion en habitude. Et c’est pourquoi Jésus résume toute la Loi en un double commandement : aimer Dieu et aimer son prochain. Pas deux amours séparés, mais un seul mouvement : aimer Dieu qui est la source, et aimer ceux que Dieu aime. La vertu par laquelle nous vivons cela s’appelle la charité. Le mot peut sembler un peu vieilli, mais il est magnifique : la charité, ce n’est pas seulement « être gentil » ; c’est aimer d’un amour qui vient de Dieu.

Dieu nous aime gratuitement

Voici une vérité qui libère : Dieu ne nous aime pas d’abord parce que nous sommes bons.
Très souvent, nous ne le sommes pas. Ou pas autant que nous le voudrions. Ou pas de la manière dont nous l’imaginons. Dieu nous aime parce que lui est bon, parce que lui est amour. Son amour n’est pas une récompense accordée aux méritants. Son amour est une source. Et une source ne jaillit pas parce que le terrain le mérite. Dieu nous aime parce qu’il le veut, librement. Beaucoup vivent avec une image tacite de Dieu : un Dieu qui aimerait les bons, supporterait les moyens, et se lasserait des mauvais. Or l’Évangile révèle l’inverse : Dieu aime jusqu’à donner son Fils alors que nous étions encore pécheurs. L’amour de Dieu ne constate pas la bonté : il la crée, il la fait naître, il la réveille, il la guérit. Si je crois cela, je peux respirer. Je peux cesser de « mériter » Dieu comme on mérite un diplôme. Je peux commencer à le recevoir.

La charité, un don de Dieu

On dit que la charité est surnaturelle. Cela veut dire : elle dépasse nos forces naturelles, elle « vole au-dessus » de ce que nous pouvons produire seuls. Et elle est surnaturelle à deux titres. D’abord, parce que son origine est divine. La charité n’est pas un simple idéal moral. Elle est un don : « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5,5). C’est Dieu qui, par sa grâce, met en nous quelque chose de son propre amour. Ensuite, parce qu’elle nous rend capables d’un amour que nous ne pouvons pas fabriquer seuls : aimer Dieu pour lui-même, aimer en vérité, aimer dans l’épreuve, aimer quand l’autre ne « mérite » pas, aimer en pardonnant, aimer sans calcul. La charité n’abolit pas nos affections humaines ; elle les purifie et les élève. Elle ne méprise pas l’amour humain ; elle lui donne une profondeur nouvelle. Elle rend possible un amour plus libre, plus vrai, plus stable.

Amis de Dieu, et adorateurs

La tradition chrétienne a souvent parlé de la charité en termes d’amitié. Et cela peut surprendre : comment être ami avec Dieu, nous qui sommes si petits, si fragiles, si changeants ? Un ami, c’est quelqu’un avec qui on partage une vie, une confiance, une parole, une joie. Or c’est exactement ce que Dieu fait : il ne se contente pas de nous commander de loin ; il nous parle, il se donne, il partage sa vie. La charité, c’est cela : Dieu nous fait entrer dans une communion réelle, une proximité personnelle. Il veut être plus qu’un “principe” : il veut être quelqu’un pour nous. Mais attention : cette amitié ne fait pas de nous des égaux de Dieu. Dieu reste Dieu : Créateur, Saint, infiniment au-dessus de toute créature. Et c’est ici qu’on comprend quelque chose d’essentiel : l’amour chrétien n’est pas seulement un sentiment de proximité ; il comporte aussi l’adoration. Un ami humain, on peut le tutoyer et plaisanter. Dieu, nous pouvons l’appeler « Père », mais nous ne cessons pas de l’adorer. Amour et révérence ne s’opposent pas : ils se complètent.

Aimer, c’est garder sa Parole

C’est ici que la parole de Jésus devient très concrète : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. » Beaucoup l’entendent comme une condition : « Si tu veux prouver que tu m’aimes, obéis. » Mais Jésus dit quelque chose de plus profond : l’obéissance est le fruit de l’amour. Quand on aime vraiment quelqu’un, on veut lui plaire, on veut respecter ce qui est important pour lui, on veut éviter ce qui le blesse. Non par peur, mais par amour. Les commandements ne sont pas la négation de l’amour ; ils en sont la forme. Ils dessinent ce qui protège l’alliance. Ils nous apprennent à aimer en vérité, et pas seulement selon l’impulsion du moment. Et cela explique pourquoi « être chrétien » ne peut pas être réduit à « avoir un sentiment religieux ». L’amour de Dieu devient concret : il se traduit en choix, en actes, en fidélités. C’est cette fidélité même qui nous fait grandir dans l’amour. La charité mérite la charité. Comme une batterie de voiture se recharge quand on roule, ainsi notre amour pour Dieu augmente quand nous l’aimons.

Obéissance et adoration

Si Dieu veut notre amitié, nous ne sommes pas pour autant ses égaux. La tradition souligne donc deux expressions très liées de l’amour :

  • l’obéissance : garder sa parole, prendre au sérieux son enseignement, accepter d’être conduit ;
  • le culte : rendre à Dieu ce qui revient à Dieu, l’adorer, le bénir, lui rendre grâce.

Aimer Dieu, ce n’est pas seulement penser à lui parfois, ni seulement “ressentir quelque chose”. Aimer Dieu, c’est vivre en relation avec lui — et cela implique une vie de prière, de louange, d’action de grâce, de demande, de repentance. Or, la forme la plus haute de ce culte chrétien, c’est la messe.

La messe, sommet du culte

On peut comparer la messe à un repas de famille : on se réunit, on écoute, on partage, on se retrouve, on se parle. Et il y a quelque chose de vrai là-dedans : la messe rassemble les enfants de Dieu, elle fait de nous un peuple, une famille. Mais la messe est infiniment plus qu’une réunion fraternelle. À la messe, il se passe un mystère : le sacrifice du Christ, offert une fois pour toutes sur la Croix, devient sacramentellement présent. Ce n’est pas une répétition ; c’est une présence. L’Église parle de « représentation » : rendre présent à nouveau, pour que ce qui sauve touche notre aujourd’hui. Et c’est pourquoi l’Eucharistie est le cœur du culte chrétien : elle n’est pas d’abord ce que nous faisons pour Dieu ; elle est d’abord ce que Dieu fait pour nous : il se donne en nourriture, il nous unit au Christ, il nous fait vivre de sa vie. Aimer Dieu, ce n’est donc pas seulement offrir quelque chose ; c’est aussi consentir à recevoir. La messe est l’école de ce consentement : accueillir la Parole, offrir sa vie avec le Christ, recevoir le Christ, et repartir transformé en charité christique.

La charité demeure

Le Catéchisme le dit très fortement : la charité est le « lien de la perfection ». Elle anime et ordonne toutes les autres vertus. On peut avoir une foi exacte, une espérance robuste, une discipline morale… mais si tout cela n’est pas porté par la charité, cela peut devenir sec, dur, voire orgueilleux. Au contraire, la charité purifie : elle rend humble, parce qu’elle sait que tout est reçu. Elle rend patient, parce qu’elle sait que Dieu travaille dans les cœurs. Elle rend joyeux, parce que l’amour est déjà un avant-goût du ciel. Et voilà pourquoi saint Paul dit : la plus grande des vertus, c’est la charité. Parce que la foi et l’espérance passent ; l’amour, lui, demeure.

Le christianisme est une école de charité. Au dernier jour, comme le disait saint Robert Bellarmin, l’examen ne portera pas sur nos performances intellectuelles, mais sur l’amour. Et si nous ne savons pas aimer, si nous constatons nos résistances, notre tiédeur, nos contradictions… c’est précisément là qu’il faut prier :
« Seigneur, répands en mon cœur ton Esprit, apprends-moi à aimer. »

Bible et Art

Espérance et charité — Romains 5, 5

L’espérance ne confond pas parce que la charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous fut donné.

Pour aller plus loin...

Catéchisme et Youcat

Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 1822-1829 ; 2093-2195.

Youcat nn. 305 ; 309.

Magistère

BENOÎT XVI, Lettre encyclique Deus caritas est, 2005. 

FRANÇOIS, lettre encyclique Dilexit nos, 2024.

Livres

Charles JOURNET, Entretiens sur la charité, Plans-sur-Bex, Parole et Silence, 1999.

François de SALES, Traité de lamour de Dieu, Paris, Cerf, 2026.

Jean du Coeur de Jésus dELBÉE, Croire à lamour. Retraite de vie intérieure, Paris, Téqui, 2007.

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