Chapitre 21
La vertu d’espérance
et les fins dernières
Script de la vidéo
Les biens que Dieu nous destine, la foi nous les fait connaître. L'espérance, elle, nous les fait désirer. L'espérance nous fait désirer l’impossible. Prenons un exemple. Imaginez un instant que vous êtes Indiana Jones dans Les Aventuriers de l’Arche perdue. Vous courez dans une jungle épaisse, poursuivi par des cannibales en colère. Vous vous arrêtez net en arrivant devant une rivière infranchissable. Votre cœur s’enfonce dans votre poitrine, c’est le sentiment de désespoir. En regardant sur votre gauche, vous apercevez un vieux pont de corde en lambeaux suspendu au-dessus de l’eau. Votre cœur bondit dans votre poitrine ; c’est le sentiment d’espoir. Vous voyez le bien ; il reste difficile à atteindre, mais au moins il y a une chance de l’atteindre.
1 La participation libre du désir de Dieu sur nous
Le désir de Dieu pour nous
L‘espérance théologale est plus que l’espoir. Elle est une vertu théologale. Vertu, c’est-à-dire force. Théologale, parce que cette force vient de Dieu et nous conduit vers Dieu. L’Esprit Saint agit sur notre vouloir pour nous permettre de vouloir ce que Dieu veut pour nous. Désirer ce que Dieu désire pour nous est l’acte même de la vertu d’espérance. Or qu’est-ce que Dieu veut pour nous ? Autrement dit, qu’est-ce qu’il nous commande ? Bien sûr principalement Dieu nous commande d’aimer mais en premier, c’est-à-dire chronologiquement, il nous commande de vivre. Son premier “commandement” à notre égard fut : Existe, vis. Je veux que tu vives. Tu n’es pas de trop dans cette existence. Je veux que tu sois, que tu sortes du néant, que tu grandisses, que tu prennes ta place. Je veux que tu grandisses, et que tu portes du fruit. Il le dit à la graine qui sort de terre pour devenir un arbre. Il le dit à chacun d’entre nous. Vis, grandis, porte du fruit. De sorte que tous les autres commandements procèdent de ce désir pour nous. Voilà pourquoi il désire que nous l’aimions car en l’aimant, Dieu nous donne ce qu’il y a de meilleur : Dieu. L'espérance est donc la participation en nous du désir de Dieu sur nous !
Les lois du Royaume de Dieu
Le désir de Dieu pour nous c’est lui-même. Dieu veut Dieu pour nous. Et il veut pour nous son royaume. Voilà pourquoi dans la Bible il a éduqué son peuple à quitter l’Egypte pour une terre promise ! Une terre où coule le lait et le miel, symbole de félicité. Le Paradis se présente comme le pays de Dieu. Or, comme toutes les cités, le Ciel a ses lois. Si à Rome on doit vivre comme les romains, chez Dieu on doit vivre comme Dieu. Voilà pourquoi avant d’entrer en terre promise Dieu a donné à son peuple les dix commandements. L’amour de Dieu et du prochain les résume tous. Voilà ce que Dieu veut pour nous. Une communion d’amour entre nous tournée vers la face de Dieu qui nous attire à lui.
La liberté
A ce désir de Dieu s’en ajoute un second. Ou plutôt une modalité. Dieu veut la réalisation de son dessein en respectant la nature de chaque créature. Il veut que le poirier porte des fruits mais que le poirier le fasse selon sa nature de poirier : en donnant des poires et non des pommes. Par conséquent pour l’homme, dont le propre est d’être une créature libre, Dieu veut notre libre participation à ce bonheur qu’Il nous destine. Il veut que nous en soyons les acteurs libres et responsables. L’espérance espère donc que Dieu nous donnera le Ciel, certes, mais aussi qu’Il nous donnera la force de le conquérir. L’espérance attend de Dieu que notre volonté libre s’unisse librement à la volonté de Dieu. C’est cette union des volontés, dans la jouissance même de la charité, qui nous ouvre au bonheur du Ciel : voir Dieu face-à-face.
2. Enfer et purgatoire
Cette liberté présuppose plusieurs choses :
L’enfer
Primo, que nous puissions nous soustraire à ce désir de Dieu. Que nous n’en voulions pas. Pour deux raisons principales : Soit parce que l’objet même que Dieu nous propose nous répugne : aimer Dieu plus que nous-mêmes, dépendre de lui, aimer son prochain, pardonner… La souffrance de l’enfer est un refus de celui qui nous aime. Une image permet de comprendre pourquoi les damnés qui ne veulent pas dépendre de Dieu souffrent : Imaginez une allergie à l’oxygène et vous comprendrez la souffrance de l’enfer… Ils sont allergiques à celui qui les aime. La seconde grande raison d’une damnation possible est la désespérance. Le damné pense que personne ne peut lui pardonner ou que Dieu ne peut pas le transformer. Ce refus de Dieu et de son aide miséricordieuse constitue pour le pécheur un enfermement. C’est véritablement l’enfer. Les damnés sont des désespérés. En résumé on peut dire d’eux que leur désir profond s’oppose au désir de Dieu.
Le purgatoire
En revanche, on peut désirer ce que Dieu veut pour nous, le désirer vraiment tout en restant attaché à tel ou tel désir qui contrarie ou s’oppose à la volonté de Dieu. Il nous faudra être purifié par le feu de l’Amour afin d’arriver à un amour unifié. « Unifie mon cœur pour qu’il te craigne ! » prie le psalmiste. C’est la prière des âmes du purgatoire. Ce temps du purgatoire est donc un temps d’espérance car nous sommes sur le chemin de la guérison et de la rédemption. Le pardon de Dieu est accepté. Mais il nous faut guérir. Ou encore, nous avons fait le mal et il nous faut subir une peine afin de rétablir la justice que nous avons lésée en faisant le mal à telle ou telle personne. Un exemple pourra nous le faire comprendre. Supposons que je vous vole cinquante euros. Cela rompt notre amitié et je ne peux pas la rétablir tout seul. Pour cela, je m’excuse auprès de vous et vous me pardonnez. Cela répare la rupture. Mais en justice, je vous dois toujours cinquante euros ; cette dette est le désordre durable résultant de mon péché, qui est distinct de ma culpabilité à votre égard en tant qu’ami.
La peine qui en résulte est motivée par une juste justice. Mais elle peut être adoucie par l’indulgence du pardon. Voilà pourquoi l’Église, dont l’âme est l’Esprit d’amour, accorde des indulgences pour diminuer les peines, conséquences de nos fautes… Ce purgatoire peut prendre du temps. Ce temps n’est pas un temps physique pris sur le rythme du soleil ou de la lune. Il n’est pas le temps du corps et de la biologie. Il est le temps qui marque la succession des actes qu’il nous faudra pour rétablir une volonté droite et unifiée sans désirs parasites… Ce temps demande beaucoup de grâces. Voilà pourquoi l’Église nous demande de prier dans l’espérance que ces grâces soient accordées à nos défunts.
Remarquons ici deux obstacles majeurs à cette espérance. Soit nous désespérons des secours divins car nous ne croyons pas en son infinie miséricorde et à sa puissance. Soit nous pensons que nous n’avons pas besoin des secours divins. C’est la présomption ou la suffisance… Comme la désespérance, elle empêche d’appeler l’aide de Dieu !
3. Face à la mort et au jugement
Résumons nous ! L’espérance est l’espoir qui se fonde sur l’aide de Dieu pour obtenir ce que Dieu désire pour nous. Ces désirs de Dieu sont nombreux mais ils se concentrent sur des biens ultimes au terme de notre pèlerinage sur la terre. Nous avons longuement parlé du paradis, de l’enfer, et du purgatoire. Reste ce moment crucial qu’est la mort.
Considérons d’abord que pour le chrétien, la mort n’a pas le dernier mot. Le pape Benoît XVI enseignait qu’un « élément caractéristique des chrétiens [est] qu’ils ont un avenir : ce n’est pas qu’ils sachent dans les détails ce qui les attend, mais ils savent de manière générale que leur vie ne finit pas dans le néant » (Spe Salvi, n° 2). La vertu morale du courage est la vertu avec laquelle nous affrontons la peur de la mort ; la vertu théologale de l’espérance, cependant, nous offre davantage. Dans l’espérance, nous nous accrochons à Dieu en tant que bien final promis, et Dieu lutte avec nous contre les obstacles que nous rencontrons sur le chemin qui mène à Lui.
La mort constitue le dernier obstacle terrestre que nous devons surmonter avant de jouir de notre bonheur final. C’est un mystère que nous devons traverser pour arriver de l’autre côté de la vie. Jésus-Christ est notre berger et notre guide à travers ce mystère. Par sa passion, sa mort et sa résurrection, Jésus a tracé le chemin qui mène de la mort à la vie éternelle. Tout comme nous prions pour vivre une bonne vie avec Jésus, nous devrions donc prier aussi pour mourir d’une bonne mort avec lui. Sachant que la mort reste un chemin vers la vie et non une source de peur inutile. À cet égard, nous prions dans l’Ave Maria pour la grâce de la persévérance finale, afin qu’à « l’heure de notre mort » nous ne soyons pas séparés de l’amour de Dieu.
La prière de Marie notre Mère, la victoire de Jésus sur la mort, l’infinie miséricorde de Dieu, et sa fidélité indéfectible sont pour nous les grands motifs de notre espérance pour cette vie comme pour la vie éternelle ! Comme le disent les Saintes Écritures : « l’accusateur de nos frères a été rejeté » et « nous avons un défenseur auprès du Père qui est mort et ressuscité pour nous » ! Si nous passons notre vie à nous efforcer d’être transparents devant Dieu, notamment par la célébration régulière du sacrement de la confession, nous ne devrions pas avoir de mal à être transparents devant Dieu à l’heure de notre mort.
Bible et Art
Le jugement dernier — Matthieu 25, 31-46
Quand viendra le Fils de l'homme dans sa majesté et tous les anges avec lui alors il siègera sur le trône de sa majesté. Toutes les nations seront rassemblées devant lui il les séparera les uns des autres comme le berger sépare les brebis des boucs et il placera les brebis à sa droite les boucs à sa gauche.
Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite :
— Venez, les bénis de mon père, possédez le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde.
Pour aller plus loin...
Catéchisme et Youcat
Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 1020 ; 1060 ; 1817-1821 ; 2090-2092.
Youcat nn. 156-164 ; 308.
Magistère
BENOÎT XVI, Lettre encyclique Spe salvi, 2007.
Livres
Guillaume DE MENTHIÈRE, Quelle espérance d’être sauvé ? Petit traité de la rédemption, Paris, Parole et Silence, 2011.
Joseph RATZINGER, La mort et l’au-delà, Paris, Communio / Fayard, 2009.
Un moine bénédictin, Les ailes de la colombe, Le Barroux, Éditions Sainte-Madeleine, 2014.

Credo
Comprendre et vivre la foi catholique
Un livre publié aux éditions du Cerf.
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Institutions
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