Chapitre 18
La loi et les dix commandements
Script de la vidéo
En général, nous avons une image négative de la loi. Nous voulons être libres ! Spontanément, les règles, les règlements paraissent contraires à notre liberté. Nous considérons souvent les lois comme quelque chose d'intrusif ou d'arbitraire. Comme une tentative de limiter notre jouissance des biens de ce monde.
Cette exaspération est encore plus prononcée lorsqu'il s'agit des commandements de l'Église. Quand l'Église parle de la dignité de la personne humaine, du plan de Dieu sur le mariage, la sexualité, elle est souvent considérée comme une institution « vieux jeu » et contraignante. Sa loi est perçue comme un obstacle à la liberté.
La nécessité de la loi
Mais le fait est que nous avons besoin de règles ! Prenez votre jeu préféré. Essayez de l'imaginer sans règles. Le football, par exemple. Supprimez les arbitres, supprimez les règlements, supprimez les buts. Supprimez tout ! Et essayez ensuite d'imaginer à quoi ressemblerait un match. Eh bien ! Ce serait le chaos.
Vous voyez, nous sommes enclins au bien ; mais, en raison du péché, nous avons beaucoup de mal à faire le bien.
La loi nous fait connaître ce qui est bon et nous encourage à l’accomplir. Comme une ligne droite est le chemin le plus court entre deux points, le droit énoncé par la loi nous montre les moyens les plus directs pour atteindre une fin juste.
Nous pouvons distinguer différents types de lois à l'œuvre dans le monde et dans nos vies.
La loi éternelle
Commençons par considérer la loi éternelle. Pensez à un peintre. Avant de peindre, il a une idée de son objectif. Il a une idée de l'image achevée. Imaginez maintenant Dieu. Avant de peindre le chef-d'œuvre de la création, il a une idée de la manière dont il entend attirer toutes choses à lui.
Cette idée, nous l'appelons « la loi éternelle ». On veut dire par là : la manière dont Dieu conduit toutes choses vers sa gloire. Toutes les créatures participent ainsi à la loi éternelle de diverses manières, en suivant le dynamisme de leur nature. Par exemple, la plante cherche la lumière, et l’animal prend soin de ses petits. C'est ce que nous appelons « la loi naturelle ».
La loi naturelle
Nous, les êtres humains, avons cette loi inscrite dans nos cœurs. Nous en faisons l'expérience à travers les inclinations de notre vie, physiquement et spirituellement. Nous nous distinguons en effet des animaux par notre intelligence et notre volonté — ces deux facultés sont ce qu'il y a de plus humain en nous, ce par quoi nous sommes faits « à l’image de Dieu ». Et c'est à ce niveau-là que nous déchiffrons le sens de la loi naturelle.
La loi naturelle est comme l’empreinte de la loi éternelle à l'œuvre dans notre nature rationnelle. On peut la percevoir dans un certain accord sur la moralité, au fil des générations, dans divers endroits, et malgré de fortes différences culturelles. La plupart des gens, en effet, en viennent à une appréciation similaire de ce qui est bien et de ce qui est mal.
Mais cela n’est pas donné d’emblée. La loi naturelle se découvre dans la réflexion des hommes tout au long de l'histoire, avec des avancées, mais aussi des reculs. Par exemple, l’esclavage ou la violence faite aux enfants n’ont pas toujours été condamnés, malheureusement.
La loi humaine
La loi des hommes, exprimée dans des codes de droit, n’est que l'application concrète de la loi naturelle, à un moment et à un lieu particuliers — ici et maintenant. Par exemple, en Europe, aujourd’hui, nous conduisons à droite. Cela fait-il partie de la loi naturelle ? Est-ce quelque chose d'écrit dans les étoiles depuis toujours ? Est-il dit quelque part que partout où des véhicules circuleront, ils devront respecter cette règle ? Non, évidemment. Dans d’autres pays, il est tout à fait légitime, et même légal, de rouler à gauche. En fait, il appartient au législateur de régir ces questions pour la sécurité publique et le bien de tous — les conducteurs, les cyclistes, les piétons. Les hommes appliquent la loi naturelle afin de la mettre en œuvre dans toutes les circonstances particulières.
La loi divine
Mais alors, qu'est-ce que la loi divine ? La loi divine fait référence à deux choses : la loi mosaïque, c’est-à-dire la loi révélée à Moïse dans l'Ancien Testament ; et la loi nouvelle, la loi de grâce du Nouveau Testament révélée par Jésus. La loi mosaïque n'est autre que l'ensemble des préceptes donnés à Israël pour protéger sa vie et son culte. Dieu qui a libéré son peuple de l’esclavage continue cette œuvre de libération en lui donnant une loi autre que celle de ses convoitises. Nous trouvons ainsi des codes de loi dans plusieurs livres du début de la Bible : l'Exode, le Lévitique et le Deutéronome.
Ces préceptes régissent la vie du peuple d'Israël pour assurer un ordre juste. Certains de ces préceptes sont universels, c'est-à-dire qu'ils s'appliquent à tous les temps et à tous les lieux. Mais certains ne s'appliquent qu'à Israël, à cette époque et à cet endroit. Leur portée est donc limitée.
Nous devons ajouter que l'ancienne loi, la loi mosaïque, est pédagogique. C'est-à-dire qu'elle conduit à un au-delà d’elle-même : elle conduit à la plénitude qui est en Jésus-Christ.
Là où cela se vérifie particulièrement, c’est que l'ancienne loi ne justifiait pas les hommes. Elle ne les rendait pas — pas encore — justes et bons. Mais dans la loi nouvelle, en Jésus-Christ, qui est la grâce même du Saint-Esprit répandue dans nos cœurs, nous avons une loi qui justifie vraiment l’homme, qui le transforme. Une loi qui rend l’homme réellement bon. En ce sens, la loi nouvelle est l'accomplissement parfait de l'ancienne loi.
Jésus lui-même a dit que « pas un iota » (pas une lettre, donc) de l'ancienne loi ne passerait. Jésus explique qu’il n'est pas venu pour « abolir » la loi, mais pour « l'accomplir », pour la porter à sa perfection. Cela signifie qu’il met de côté ce qui était propre aux coutumes d'Israël, à un moment et en un lieu donné, avant sa venue parmi nous. Cela signifie aussi qu’il inaugure une loi d'amour vraiment parfaite et universelle. Une loi qui saisit toute la vie, qui porte non seulement sur les actions extérieures, mais aussi sur les motivations et les actes intérieurs, c’est-à-dire sur les intentions du cœur. Ce faisant, Jésus nous donne tout ce dont nous avons besoin pour aimer Dieu et aimer notre prochain. Et ainsi accomplir la loi.
Les Dix commandements
Maintenant, arrêtons-nous brièvement sur les Dix Commandements. Ces « dix Paroles » données à Moïse sont une communication privilégiée de l'amour de Dieu à son peuple Israël.
En théorie, tous les hommes peuvent découvrir, pour l’essentiel, ce qu’enseignent les Dix Commandements. Ces préceptes sont écrits dans nos cœurs. Ils relèvent de la loi naturelle. Mais parce qu'ils sont si importants, et parce que nous avons tant de mal à y voir clair en raison du péché, le Seigneur a révélé ces lois de vie.
Les Dix Commandements, dans la Bible, sont divisés en deux tables. C'est-à-dire, symboliquement, deux groupes. Les trois premiers commandements concernent notre relation avec Dieu. Et les sept derniers concernent notre relation avec nos frères et sœurs en humanité.
Les Dix Commandements sont également un bon guide pour identifier les grands péchés. Nous pouvons donc les utiliser comme une grille de lecture de notre vie morale, en particulier quand nous faisons un examen de conscience avant de recevoir le sacrement de la réconciliation — la confession. Le but, c’est d'identifier ce qui nous empêche d’être vraiment en communion avec Dieu, afin de pouvoir présenter ces péchés au Seigneur en vérité, un peu comme un malade montre sa plaie au médecin pour qu’il puisse la soigner et la guérir.
Conclusion
Vous voyez que lorsque nous prenons le temps de réfléchir à la loi, nous constatons qu'elle n'est pas un fardeau ou une contrainte, mais qu'elle est au service de notre bien, de notre développement personnel et communautaire. La loi nous rend vertueux. Elle nous rend libres. Elle nous aide à garantir le bien commun et à cheminer ensemble vers le Royaume de Dieu.
Pour aller plus loin...
Catéchisme et Youcat
Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 1949-1986 ; 2030-2082.
Youcat nn. 333-336.
Livres
THOMAS D’AQUIN, Sermons sur les dix Commandements, Paris, Cerf, 2015.
Adrien CANDIARD, Sur la montagne : l’aspérité et la grâce, Paris, Cerf, 2023.

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