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Chapitre 16

Le mariage

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Introduction

Lors de la cérémonie du mariage, le prêtre va imposer les mains sur les mariés. Il commence alors une longue invocation afin que Dieu bénisse les mariés. On appelle cette prière la bénédiction nuptiale. Dans la tradition latine, il y avait un rite tout à fait spécifique qui accompagnait ce moment final où les époux se mettent à genoux devant l’autel. Les témoins portaient un linge blanc de forme rectangulaire au-dessus des époux. Ce voile rectangulaire symbolisait plusieurs choses. Primo, il signifiait évidemment le toit de la future maison des mariés. Mais il symbolisait aussi l’ombre de l’Esprit Saint (nuée lumineuse dans l’Ancien Testament qui accompagnait le peuple hébreu lors de sa sortie d’Egypte). Ainsi l’imposition des mains était prolongée par la symbolique de ce tissu qui voulait signifier la protection du Seigneur pour qu’il donne à ce couple une pluie de grâces et de bénédictions.  

Le sacrement du mariage est donc la promesse et la réalisation que Dieu vient sanctifier le lien entre les époux. Sanctifier veut dire deux choses. D’une part secourir, aider, guérir les difficultés propres à la relation entre époux. Et d’autre part, sanctifier veut dire aussi élever, et même surélever l’amour entre les époux de sorte que leur union est appelée à être l’image de l’union du Christ et de l’Eglise. Saint Paul déclare ainsi : « Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle ». 

Le sacrement de mariage est institué par le Christ. Il est très clair sur ce sujet. Alors qu’on lui posait la question du divorce, Jésus dit : « ce que Dieu a uni que l’homme ne le sépare pas ». Cette phrase (répétée par le prêtre lors de la réception des consentements) répond à une polémique lancée par les pharisiens. « « Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit la remise d’un acte de divorce avant la répudiation ? ».  Jésus leur répond : « C’est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n’en était pas ainsi. » Cette réponse de Jésus dit deux choses. Premièrement, le mariage est une institution divine dès l’origine. Deuxièmement, puisque la dureté de cœur explique le divorce, le don par Jésus de l’Esprit justifie la loi de l’indissolubilité du mariage. Car l’Esprit d’amour que Jésus donne transforme les cœurs de pierre en cœurs de chair. Expliquons ces deux points.  

1. Restauration du plan originel 

Le mariage avant d’être une institution humaine encadrée par des lois sociales est une institution divine voulue par Dieu. Le commencement auquel Jésus fait référence est la création de l’homme et de la femme, lorsque Dieu dit qu’il est bon pour l’homme de quitter son père et sa mère et de s’attacher à sa femme (cf. Gn 2, 24). Dès le début, cet attachement a été créé par Dieu pour durer toute la vie. L’homme s’attachera à sa femme, explique le livre de la Genèse, et tous deux ne feront plus qu’une seule chair. Cette union fait que l’homme devra, dit saint Paul, respecter sa femme “comme son propre corps”. L’enseignement du livre de la Genèse est donc fondamental pour la compréhension des relations homme-femme telles que Dieu les a voulues. 

Retenons trois enseignements de cette révélation qui vaut pour tout homme et pour toute culture, de tous les temps et de tous les lieux. 

Primo, quand il est dit que Dieu créa l’homme à son image, il ajoute “il le créa homme et femme”. Ainsi ce n’est pas l’homme seul, ni la femme seule qui sont créés à l’image de Dieu mais l’homme et la femme ensemble. “Il n’est pas bon  que l’homme soit seul !” dira d’ailleurs l’autre récit de la Genèse. Le pape Jean-Paul II explique ainsi que si chaque être de la création dit quelque chose de la grandeur de Dieu (comme le soleil, les océans, les montagnes ou le ciel) seul l’homme et la femme ensemble sont la meilleure image naturelle de Dieu car dans leur union de deux personnes distinctes, ils disent en filigrane le mystère d’un Dieu trinitaire, une communion de personnes. Le bonheur de l’homme s’accomplit dans une amitié. Celle-ci n’est pas seulement un besoin (au risque de faire de la relation humaine une captation de l’autre !) mais l’amitié est le lieu où la personne peut devenir ce qu’elle est : un don, une générosité. Chacun, s’il aime être aimé, est fait aussi pour aimer et se donner.  De sorte que l’homme n’est pleinement lui-même que lorsqu’il devient époux et père et que la femme atteint sa pleine maturité quand elle devient épouse et mère. La réalisation des biens du mariage et de la parentalité ne sont pas de simples options dans la vie, mais la raison même de notre création en tant qu’homme et femme.

Deuxièmement, le récit de la Genèse nous apprend que la femme est tirée de l’homme. Plus exactement de son côté. Là où est son cœur. Le premier mot qu’un homme exprime dans la Bible est celui d’Adam pour son épouse. C’est un cri de joie. Une exultation : « voici la chair de ma chair, l’os de mes os, celle-ci ! » Il exprime par là l’égalité profonde entre eux. Mais plus encore, cette expression dit aussi un superlatif. « La chair de ma chair » signifie que la femme est l’excellence de sa chair comme on dit d’un cantique par exemple qu’il est le Cantique des cantiques ! ou d’un Roi qu’il est le Roi des rois.

Troisièmement, l’ordre du seigneur de croître et de se multiplier dit à toutes les espèces vivantes est ici réitéré. L’homme et la femme sont vus par Dieu comme bons et même, dit le texte, « très bons ! » Voilà pourquoi Jésus, en voulant sauver l’homme d’un monde devenu hostile veut sauver spécialement le mariage en donnant à son Eglise un sacrement. Ce fut même à l’occasion d’un mariage à Cana qu’il “manifesta publiquement pour la première fois sa gloire et que ses disciples crurent en Lui ». L’Eglise par ce sacrement veut sauver l’amour humain. Car si c’est dans le foyer qu’ont lieu les premières blessures de l’amour, c’est aussi grâce à un saint mariage que sont vécues les premières preuves d’un amour inconditionnel et gratuit dont tout homme a soif. 

2. Les deux fins du mariage 

Cette conviction est si forte que l’Eglise demande avant de se marier que les époux se préparent et disent clairement leur volonté éclairée avant de recevoir le sacrement. Si l’amour est un acte libre et responsable, il doit être l’expression d’une volonté d’aimer et non seulement le constat d’un sentiment possiblement passager. On se marie non parce qu’on s’aime mais parce qu’on veut s’aimer. C’est cette volonté personnelle (au fondement de la liberté) qui vérifiera si les consentements lors du mariage sont aptes à signifier une promesse indéfectible. C’est cette volonté que la grâce de Dieu vient sanctifier. La libre volonté éclairée est à la grâce du mariage ce que la toile est au chef-d'œuvre ; sans elle, sans cet acte profondément personnel et libre, pas de sacrement. Voilà pourquoi les époux sont amenés à s’interroger sérieusement avant le sacrement sur les motifs de leur union.

La réflexion chrétienne sur la nature du mariage a depuis longtemps reconnu que le mariage a deux fins ou objectifs principaux : d’une part le bien du couple, et d’autre part la procréation et l’éducation des enfants. Parce que l’amour entre l’homme et la femme possède ces deux dynamismes, tout mariage devrait présenter chacun des piliers suivants : vouloir l’unité et l’indissolubilité, la fidélité, et l’ouverture à une vie nouvelle. Ces marques ne sont pas artificielles ou arbitraires, ni de simples idéaux ; elles sont essentielles au mariage. L’absence de générosité, la peur de se donner pour ceux qu’on aime, fragilise toute amitié. 

Ces piliers établissent les contours de la vie sexuelle du couple. Bien que la sexualité ne soit qu’un aspect du mariage, elle reste un aspect puissant qui requiert les qualités d’indissolubilité, de fidélité et d’ouverture à la vie afin de maintenir le mariage désintéressé, généreux et chaste. Le divorce, qui s’oppose à l’indissolubilité du mariage, l’adultère, qui s’oppose à la fidélité du mariage, et la contraception et les relations sexuelles contre nature, qui s’opposent à la fécondité du mariage, sont autant d’obstacles à la réalisation des objectifs du mariage définis par Dieu.

Depuis la révolution sexuelle, la confusion règne quant aux biens du mariage pour les individus et la société. Nombreux sont ceux qui désespèrent que ces biens puissent être atteints, ou même qu’ils doivent être recherchés avec une seule personne au cours de la vie. La montée des substituts au mariage, y compris la cohabitation, révèle l’incertitude que beaucoup ressentent à l’égard du plan de Dieu pour l’homme et la femme. Néanmoins, la vérité du mariage demeure, et la grâce reste accessible à tous, en particulier dans les sacrements du mariage, de la réconciliation et de l’eucharistie. Cette grâce guérit les effets du péché et donne la force nécessaire à chaque homme et à chaque femme pour dire « oui » à son conjoint pour toute la durée de leur vie naturelle. La bénédiction nuptiale se termine par une prière en ce sens, afin que chaque couple, s’appuyant sur la grâce du Christ puisse atteindre la vieillesse, et finalement le ciel, ensemble : « Seigneur, nous t’en prions […] qu’ils parviennent à la vie sans fin dans le Royaume des cieux. »

Bible et Art

Noces de Cana — Jean 2, 1-11

Le troisième jour il y eut des noces à Cana en Galilée et la mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité aux noces avec ses disciples.

Le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit :

— Ils n’ont pas de vin.

Pour aller plus loin...

Catéchisme et Youcat

Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 1601-1666

Youcat nn. 260-271.

Magistère

JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Familiaris consortio, 1981.

JEAN-PAUL II, La théologie du corps, l’amour humain dans le plan divin, Paris, Cerf, 2014.

FRANÇOIS, Lettre encyclique Amoris lætitia, 2016.

Livres

Henri CAFFAREL, Le mariage, aventure de sainteté, Plans-sur-Bex, Parole et silence, 2013.

Alphonse DHEILLY, Aimer en actes et en vérité, Saint Paul, 2005.

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Un livre publié aux éditions du Cerf.

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