Chapitre 15
La confession
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Introduction
Au cœur de la foi chrétienne se trouve une certitude fondamentale : Dieu est miséricorde. Toute l’histoire du salut en témoigne. Depuis la chute originelle jusqu’à la résurrection du Christ, Dieu ne cesse de chercher l’homme, même lorsque celui-ci se détourne de lui. La Bible tout entière est traversée par ce mouvement d’amour.
Pourtant, malgré cette promesse fondatrice, beaucoup de chrétiens entretiennent une relation difficile avec le sacrement de la confession. Certains y voient une pratique humiliante, d’autres une démarche inutile ou dépassée, voire une simple formalité morale. Et pourtant, la confession est tout autre chose. Elle est un lieu de vérité et de guérison où l’homme blessé par le péché se laisse rejoindre par l’amour qui sauve.
Nous verrons donc 1. comment la confession s’inscrit dans la marche du chrétien, 2. comment elle trouve son origine dans la volonté explicite du Christ, 3. comment elle éclaire la réalité du péché comme blessure de la relation, 4. comment elle engage un chemin intérieur de vérité et de conversion, 5. et enfin comment elle devient un instrument privilégié de croissance spirituelle et de sainteté.
1. Une conversion permanente
Par le baptême, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ. Ce sacrement fondateur marque une véritable naissance spirituelle. Nos péchés ont été effacés, nous sommes devenus enfants de Dieu, et une vie nouvelle s’est ouverte devant nous. Le Catéchisme de l’Église catholique l’exprime de cette manière : « Le baptême efface le péché originel et tous les péchés personnels, et fait de nous des enfants de Dieu » (CEC, n° 1213).
Cependant, cette vie nouvelle ne supprime pas d’un coup toutes nos faiblesses. L’expérience quotidienne nous montre que, malgré la grâce reçue, nous restons vulnérables. Nous portons encore nos blessures intérieures, nos habitudes mauvaises, nos résistances à l’amour de Dieu. Nous tombons souvent. La vie chrétienne est donc une conversion continue. Elle ressemble davantage à un chemin escarpé, où l’on avance parfois avec assurance, parfois avec lenteur, parfois en chutant.
Or Dieu n’est jamais surpris par nos chutes. Il connaît notre cœur mieux que nous-mêmes. Il sait de quoi nous sommes faits. Et précisément pour cela, Jésus n’a pas laissé ses disciples seuls face au péché. Il a voulu leur offrir un chemin de retour, un lieu de guérison, un sacrement de miséricorde : la confession. Les premiers auteurs chrétiens aimaient à dire que la vie du chrétien est une pénitence quotidienne, car chaque jour nous avons besoin de la miséricorde de Dieu.
2. Une volonté de Jésus
Après sa résurrection, Jésus accomplit un geste d’une portée immense. Il rejoint ses apôtres, enfermés par la peur, encore marqués par leur abandon et leurs reniements. Et c’est à ces hommes fragiles qu’il confie une mission étonnante : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 22-23).
Ces paroles sont décisives. Le pardon n’est pas une invention tardive de l’Église. Il vient directement du Christ ressuscité. Et Jésus sait que l’homme a besoin d’un pardon concret, audible, incarné. Il ne veut pas d’un pardon abstrait, intérieur seulement. Il veut que l’homme entende, de manière claire : « Tes péchés sont pardonnés. » Le sacrement donne ainsi l’assurance du pardon.
Par ailleurs, comme le dit saint Jean : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous. Si nous reconnaissons nos péchés, lui qui est fidèle et juste va jusqu’à pardonner nos péchés et nous purifier de toute injustice. »
Le pouvoir de remettre les péchés, confié par le Christ aux apôtres, a traversé les siècles. Par la succession apostolique, il est transmis aux évêques et aux prêtres. Le Catéchisme le rappelle avec clarté : « Le Seigneur a confié le ministère de la réconciliation aux Apôtres et à leurs successeurs » (CEC, n° 1442).
Ainsi, lorsque nous entrons dans un confessionnal, nous ne rencontrons pas seulement un homme. Nous rencontrons le Christ en personne qui agit à travers son Église et les prêtres. Le prêtre n’est pas d’abord un juge sévère. Il est le serviteur du pardon, l’instrument de la miséricorde divine. Saint Jean-Marie Vianney l’exprime avec une image pleine de tendresse : « Le Bon Dieu court après le pécheur plus vite que le pécheur ne court après Dieu. »
3. Le péché : une blessure de la relation
Pour comprendre le sacrement de la confession, il faut d’abord comprendre ce qu’est le péché. Le péché n’est pas seulement la transgression d’une règle morale. Il est avant tout une offense faite à Dieu, une blessure de la relation avec notre Père du Ciel qui nous aime.
Pécher, c’est commettre le mal. L’Écriture distingue différents types de péchés. Certains sont graves et rompent l’amitié avec Dieu. C’est ce que la Tradition appelle les péchés mortels : des actes graves, commis consciemment et volontairement. D’autres péchés sont plus légers et affaiblissent l’amitié avec Dieu sans la détruire. Ce sont les péchés dits véniels. Saint Jean le formule clairement : « Il y a un péché qui mène à la mort… mais tout péché ne mène pas à la mort » (1 Jn 5, 16-17).
Reconnaître cette distinction ne revient pas à banaliser le péché. Au contraire, cela montre à quel point l’amour est sérieux. Plus l’amour est grand, plus son refus peut être grave. La confession devient alors ce lieu où nous osons dire la vérité sur nous-mêmes, non pour être écrasés par la culpabilité, mais pour être relevés par la grâce.
4. Un chemin concret de conversion
La confession suit un chemin simple et profondément humain. En voici les jalons principaux. Avant de se confesser, l’Église invite à un temps de silence et de vérité : l’examen de conscience. Il s’agit de se placer devant Dieu et de se rappeler ce que nous avons fait de mal : en pensée, en parole, par action et par omission. On peut s’aider d’un questionnaire. Ou suivre, par exemple, la liste des commandements ou regarder les péchés contre Dieu, soi-même, et le prochain.
Vient ensuite le sacrement proprement dit avec la confession des péchés, dite à voix haute. Cette parole libère. Ce qui est nommé perd son pouvoir de destruction. On dira ce dont on se souvient, et obligatoirement les péchés mortels. Il y a ensuite l’acte formel de la contrition qui inclut : 1 - le regret du péché, 2 - le ferme propos de ne pas recommencer, et 3 - l’éloignement des occasions prochaines de péché. Le pénitent, par une prière, exprime sa contrition et demande la grâce de ne plus recommencer. Par exemple : « Mon Dieu, j’ai un très grand regret de t’avoir offensé parce que tu es infiniment bon et que le péché te déplaît ». Puis vient l’absolution, ce moment central où le Christ, par la voix du prêtre, pardonne les péchés. « Et moi, dit le prêtre, je te pardonne tous tes péchés, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Enfin, la pénitence, qui n’est pas une punition, mais une participation à la guérison, une action à faire pour contribuer à la réparation du mal. Une certitude, au bout du chemin sacramentel : même lorsque l’émotion est absente, la foi nous assure que la grâce agit réellement.
Conclusion
La confession est l’un des plus grands trésors de l’Église. Elle nous rappelle que la miséricorde de Dieu est toujours plus grande que notre péché. Elle nous apprend à ne pas fuir nos faiblesses, mais à les offrir au Christ. En ce sens, la confession n’est pas réservée aux grands pécheurs. Elle est un chemin de croissance spirituelle. La confession régulière affine la conscience, fortifie la charité et empêche les habitudes de péché de s’installer. Se confesser fréquemment, c’est accepter de se laisser façonner par Dieu. C’est croire que la sainteté est possible, non par nos propres forces, mais par la grâce. C’est oser revenir vers le Père, encore et encore, avec cette certitude lumineuse : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20).
Bible et Art
Le repas chez Simon — Luc 7, 36-50
Un Pharisien lui demanda de manger avec lui : il entra dans la maison du Pharisien et se mit à table. Et voici une femme, qui dans la ville était une pécheresse et qui, lorsqu'elle sut qu'il était à table dans la maison du Pharisien, apporta un vase d'albâtre plein de parfum, et, se tenant en arrière, à ses pieds, se mit à arroser de larmes ses pieds et avec les cheveux de sa tête elle les essuyait et couvrait de baisers ses pieds et les oignait de parfum.
Pour aller plus loin...
Catéchisme et Youcat
Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 1420-1498.
Youcat nn. 224-239.
Magistère
JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Reconciliatio et paenitentia, 1984.
Livres
Guillaume DE MENTHIÈRE, La nécessaire conversion : jamais trop tôt, jamais trop tard, Édition des Béatitudes, 2016.

Credo
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