Chapitre 14
La messe et la prière liturgique
Script de la vidéo
Au sein de l’organisme sacramentel, l’Eucharistie occupe une place particulière. En effet, l’Eucharistie est « source et sommet de toute la vie chrétienne » (LG 11). Les autres sacrements, les ministères ecclésiaux et les activités apostoliques sont liés à l’Eucharistie et ordonnés à elle. La raison en est que l’Eucharistie « contient tout le trésor spirituel de l’Église, c’est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque ». C’est donc parce que le Christ Jésus est réellement, substantiellement présent dans l’Eucharistie, que celle-ci est source et sommet de la vie chrétienne.
Pour entrer plus avant dans ce mystère, et voir la grâce que ce sacrement apporte, nous pouvons partir des signes que l’Eucharistie nous donne à contempler.
1. Les signes de la Messe
Le signe du pain et du vin
La première signification de l’Eucharistie est qu’elle est nourriture et boisson : de même que le pain et le vin nourrissent la vie du corps, de même le corps et le sang du Christ nourrissent notre âme dans l’ordre de la vie de la grâce. « Tout l’effet que la nourriture et la boisson matérielles produisent à l’égard de la vie matérielle – sustenter, accroître, réparer et délecter – tout cela, ce sacrement le fait à l’égard de la vie spirituelle ». Cette nourriture n’est rien moins que Dieu lui-même qui se donne en nourriture. Jésus le dit lui-même : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde » (Jn 6, 51).
L’Eucharistie est appelée « sacrement de la charité » parce qu’elle nourrit, fortifie et édifie l’Église dans l’amour. C’est pourquoi nous devons être en état de grâce pour recevoir l’Eucharistie avec fruit. Elle ne provoque pas la première infusion de foi et de charité, nous plaçant en état de grâce (le baptême le fait). Elle ne sert pas non plus à nous guérir d’un péché grave (le sacrement de la réconciliation s’en charge). Saint Paul rappelle cette exigence en 1 Co 11, 27-29 : « Celui qui aura mangé le pain ou bu la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du corps et du sang du Seigneur. On doit donc s’examiner soi-même avant de manger de ce pain et de boire à cette coupe. Celui qui mange et qui boit mange et boit son propre jugement s’il ne discerne pas le corps du Seigneur. » L’Eucharistie est une nourriture pour les personnes spirituellement vivantes. Elle développe et nourrit la vie de la grâce déjà en nous, renforçant notre communion avec Dieu. Elle est fondamentale pour la vie chrétienne, et c’est pourquoi elle est symbolisée par le pain, un aliment de base qui nous maintient en vie spirituellement en fortifiant en nous la vie éternelle que le baptême nous a communiquée pour que nous puissions parvenir à la gloire du ciel.
Le banquet des noces : signe de la joie et de l’unité
L’Eucharistie est la source, le sommet et la joie de la vie chrétienne. On parle alors du festin des noces de l’Agneau qui rassemble « une foule immense de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 9). Le vin, symbole de la fête et de la réjouissance, manifeste cet aspect. Par là, est mise en lumière l’unité de l’Église. Saint Paul y fait référence : « Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1 Co 10, 17). L’unité des croyants est signifiée par la communion à la même réalité vivante. L’Eucharistie donne naissance à la communion visible de l’Église, non seulement extérieurement, mais intérieurement, par la grâce de l’amour divin. Les membres du corps du Christ sont liés spirituellement les uns aux autres par la charité qui vient de l’Eucharistie. De nombreux grains produisent un seul pain, et de nombreux raisins produisent un seul calice. En recevant le corps et le sang du Christ, nous sommes unis les uns aux autres dans le Christ, pour former un seul corps : « La communion renouvelle, fortifie, approfondit cette incorporation à l’Église déjà réalisée par le Baptême. Dans le baptême nous avons été appelés à ne faire qu’un seul corps. L’Eucharistie réalise cet appel » (CEC 1396).
Le sacrifice
La troisième signification est celle du sacrifice. Le Christ a clairement présenté sa mort comme un sacrifice. L’institution de l’Eucharistie au soir du Jeudi saint permet de comprendre la nature des événements du Vendredi saint : son corps est livré pour nous, son sang est versé pour nous et pour beaucoup en rémission des péchés. Le Seigneur a institué l’Eucharistie pour que son sacrifice sur la Croix soit toujours présent et agissant dans l’Église. C’est ce qu’il nous révèle lorsqu’il ordonne : « Faites cela en mémoire de moi ». La veille de sa mort, Jésus déclare que le calice est « la nouvelle Alliance en son sang ». Il fait référence au livre de l’Exode (24, 8) : « Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : "Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous ». Au cours de ce dernier repas, le Christ accomplit cette alliance originelle de Dieu avec Israël par sa propre mort.
En outre, il dit aux apôtres que son sang sera versé « pour la multitude ». Cela accomplit la prophétie d’Isaïe (53, 12) : « Il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs ». Le Serviteur souffrant, décrit par Isaïe, s’offre en sacrifice pour le peuple des pécheurs. Le sacrifice est signifié au cœur-même de la messe : le corps puis le sang sont consacrés séparément. Cela représente la séparation du sang et du corps du Christ à la Croix. Assister dans la foi à ce sacrifice, avant même la communion, c’est déjà en bénéficier.
2. La participation active des fidèles
À la messe, certains peuvent se sentir parfois intimidés ou maladroits. La participation à la messe demande un apprentissage. Il s’agit de nous laisser former par Dieu et par la liturgie de l’Église. Le rite de la messe n’est pas d’abord l’expression de notre subjectivité. Il nous apprend à adorer Dieu en esprit et en vérité, à lui rendre le culte qui lui est agréable. Il exprime notre unité. Notre participation active est importante, et elle s’acquiert lentement. Il peut être utile d’avoir un missel qui explique les parties de la Messe et inclut les lectures quotidiennes. Le plus important est de prier tant par le silence que par les paroles et les gestes, avant, pendant et après la Messe. La vraie participation active consiste à s’unir dans l’amour aux prières dites par le prêtre et aux actions sacrées qui s’accomplissent dans le temps de la célébration.
3. La sainte liturgie
En dehors de la messe, l’Église propose de nombreuses autres formes de prière liturgique. Les sacrements font partie de la liturgie de l’Église. La liturgie est la prière commune de l’Église qui glorifie Dieu et sanctifie les hommes. L’acteur principal de la liturgie est le Christ, le grand prêtre. Dans la liturgie, le Christ se rend présent à son peuple. Ainsi, son œuvre de salut est continuée.
Il faut mentionner tout spécialement la présence du Seigneur dans sa parole, proclamée dans tous les rites liturgiques de l’Église, car « c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures » (SC 7). La parole de Dieu est comme la matière première de l’office divin qui est la louange que le Christ adresse au Père, dans son corps qui est l’Église. Celle-ci chante chaque jour la gloire de Dieu en lui offrant la prière des psaumes, avec des hymnes et des cantiques. De la sorte, c’est non seulement tout le jour, mais même toute l’année et donc tout le temps qui est orienté vers Dieu. En effet, la répartition de l’office au cours de la journée, avec la prière du matin et du soir, consacre tout le déroulement du jour et de la nuit à Dieu. Et au cours de l’année, le cycle liturgique nous fait vivre l’année au rythme du Christ : de l’incarnation à Noël, du carême à la célébration du mystère pascal dans la semaine sainte, de la pentecôte à l’avent, tous les mystères de la vie de Jésus nous sont offerts pour que nous leur soyons rendus présents.
Conclusion
La liturgie de l’Église, et au plus haut point de la messe, permet à tous les fidèles de grandir dans la foi, l’espérance et la charité. Par ses rites, la liturgie forme l’intelligence et le cœur des chrétiens en leur apprenant à vivre de Jésus et pour Jésus, tout au long du jour et de l’année. Ainsi, dans la liturgie, nous pouvons faire de toute notre vie une vivante offrande à la gloire de Dieu.
Pour aller plus loin...
Catéchisme et Youcat
Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 1345-1419 ; 1173-1199 ; 1667-1690.
Youcat nn. 188 ; 213-222 ; 492.
Magistère
JEAN-PAUL II, Lettre apostolique Dies Domini sur le dimanche, 1981.
Livres
Uwe Michael LANG, Une brève histoire de la messe dans le rite romain, Paris, Desclée De Brouwer, 2023.
Joseph RATZINGER, L’esprit de la liturgie, Paris, Ad Solem, 2001.

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