Chapitre 13
L'eucharistie
Script de la vidéo
Au cœur de la vie de l’Église se trouve un mystère central, un trésor inestimable : l’eucharistie. Elle est comme un soleil autour duquel nous tournons. L’Église vit de l’eucharistie. Comprendre ce sacrement, c’est donc comprendre ce qui soutient, nourrit et structure toute la vie chrétienne. L’eucharistie est à la fois un mystère à croire, une célébration à vivre et une nourriture spirituelle qui transforme progressivement ceux qui la reçoivent. Tout un programme.
1. Le don du Christ à son Église
L’Eucharistie trouve son origine dans l’initiative même du Christ, l’Époux qui donne totalement et à jamais son Corps à son Épouse, l’Église. La veille de sa passion, lors du dernier repas avec ses disciples, Jésus prend le pain et le vin, rend grâce, les donne à ses disciples et prononce ces paroles décisives : « Ceci est mon Corps… Ceci est mon Sang ». Par elles, il institue un sacrement nouveau, celui de la nouvelle alliance, en lien direct avec le sacrifice qu’il va offrir sur la croix.
L’Eucharistie n’est donc pas une invention de l’Église ; elle est un don reçu du Christ. En donnant ainsi son corps et son sang, la messe rend présent, à travers les âges, le don total que le Christ fait de lui-même pour le salut du monde.
Ainsi, dès son origine, l’eucharistie est inséparable de la Passion, de la mort et de la résurrection du Christ. Elle est le mémorial vivant de son sacrifice. Et depuis, les chrétiens ne cessent de célébrer l’Eucharistie jusqu’à ce qu’il vienne dans la gloire à la fin des temps.
L’Église affirme du reste avec foi que, dans l’Eucharistie, le Christ est réellement présent. « Ceci EST mon corps ». Cette présence n’est donc ni symbolique, ni simplement spirituelle. Elle est vraie, réelle, substantielle et personnelle. Lorsque le ministre dit « Le corps du Christ » en présentant l’hostie consacrée, nous répondons ainsi : « Amen ! », c’est-à-dire « Oui, c’est vrai, je crois ».
Mais saisissons-nous vraiment à quel point ce sacrement est grand ; à quel point il ne doit cesser de nous étonner ? Par la voix du prêtre redisant les paroles du Christ, le pain et le vin deviennent le Corps et le Sang du Christ. Cette action s’appelle la consécration. C’est là un grand mystère, vous l’aurez compris. Dans notre expérience, on distingue les apparences de ce qui demeure. En effet, je reste le même depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Les apparences changent, mais la réalité derrière ces apparences demeure. C’est ce qu’on appelle substance. Dans l’Eucharistie, c’est l’inverse : les apparences demeurent, mais c’est la substance qui change. Pour désigner ce changement, l’Église a progressivement développé un langage précis. Elle parle de « transsubstantiation ». Ce terme exprime le profond changement qui s’opère par la puissance de l’Esprit Saint lors de la consécration. Cette présence réelle fait donc de l’Eucharistie un mystère d’adoration autant qu’un sacrement de communion. Le Christ ressuscité est réellement là, en son corps, son sang, son âme et sa divinité, offert à son Église. Voilà qui doit nous émerveiller à chaque messe !
Alors, évidemment, les apparences du pain et du vin demeurent. Car Dieu s’adapte à nous. Nous abordons en effet les réalités spirituelles à travers le corps et l’expérience des sens. C’est la logique de l’incarnation.
2. Sacrifice et communion
Pour continuer à cerner un tel mystère, retenons encore quelques aspects capitaux :
Le sacrifice eucharistique
L’Eucharistie est un sacrifice. Elle ne répète pas le sacrifice de la croix, mais elle le rend présent dans ces signes sacramentels. Le sacrifice du Christ est unique et définitif. L’Eucharistie en est l’actualisation sacramentelle. Lors de la messe, l’Église offre le Corps et le Sang du Christ. Le Christ s’offre au Père, et l’Église s’unit à cette offrande en offrant avec lui sa prière, son travail, ses souffrances et toute sa vie.
Ainsi, la messe n’est pas seulement un rassemblement de fidèles, mais bien un acte du culte, dans lequel le Christ agit comme prêtre et victime, et dans lequel les baptisés participent à son offrande.
La communion au Corps et au Sang du Christ
L’Eucharistie est également un repas sacramentel (c’est bien ce qu’expriment les signes du pain et du vin, qui sont des aliments). En communiant, le fidèle reçoit de manière sacramentelle (ce n’est pas du cannibalisme !) le Corps et le Sang du Christ, mort et ressuscité. Cette communion n’est donc pas un simple geste de dévotion ; elle est une véritable union au Christ.
Par la communion eucharistique, le Christ nourrit l’âme, fortifie la charité et approfondit l’union du fidèle avec lui. Habituellement, lorsque nous mangeons, les aliments ordinaires deviennent celui qui les mange ; ils construisent notre corps. Ici, pour la communion, c’est le contraire : nous mangeons le Corps du Christ, et nous devenons davantage celui que nous recevons…
Il faut toutefois ajouter une précision importante : cette union est à la fois personnelle et ecclésiale : en recevant le Christ, le fidèle est aussi plus étroitement uni aux autres membres de son Corps. La communion eucharistique construit ainsi l’Église. Elle fait de l’assemblée des fidèles une communion réelle dans le Christ.
3. Vivre de l’eucharistie
L’eucharistie est bien souvent une réalité quotidienne (au minimum hebdomadaire), et donc fatalement presque banalisée : il convient de redécouvrir ce grand mystère. Comme le déclarait ainsi sainte Angèle de Foligno au XIIIe siècle, « Si nous nous arrêtons un instant pour considérer attentivement ce qui se passe dans ce sacrement, je suis sûre que la pensée de l’amour du Christ pour nous transformera la froideur de nos cœurs en un feu d’amour et de gratitude. »
Comment donc mieux communier ?
a. Participation active à la messe
D’une part, évidemment, en participant mieux à la messe : Y participer en effet signifie bien plus qu’être présent physiquement. Il s’agit d’entrer activement – intérieurement et extérieurement – dans l’action liturgique. Cette participation passe par l’écoute attentive de la Parole de Dieu, par la prière commune, par l’offrande intérieure de soi-même, et par la communion eucharistique reçue avec foi et respect (ce qui suppose de se confesser régulièrement. Avant de passer à table, on se lave les mains…) La liturgie de la messe, avec ses paroles, ses gestes et ses silences, éduque progressivement le croyant à une manière plus juste de se tenir devant Dieu et de recevoir ses dons.
b. L’adoration eucharistique
L’Eucharistie se célèbre. Elle est faite pour la communion. Mais la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie ne se limite pas au moment de la messe. Ainsi, l’Église conserve le Saint-Sacrement au tabernacle, et les baptisés sont encouragés à l’adoration eucharistique en dehors de la messe. L’adoration eucharistique prolonge et approfondit le mystère célébré à la messe. Elle permet au fidèle de demeurer en présence du Christ, de laisser cette présence transformer intérieurement sa vie, et de désirer une plus grande communion avec lui.
Conclusion
Vous l’aurez compris, l’Eucharistie est le cœur battant de l’Église. Elle rend présent le sacrifice du Christ, elle nourrit les fidèles de sa vie, elle construit l’unité du Corps du Christ et elle oriente toute la vie chrétienne vers Dieu. Elle est le « pain de l’homme en marche » vers la Patrie céleste.
L’Eucharistie porte du fruit dans la vie de ceux qui la reçoivent convenablement. Elle accroît la charité, elle fortifie contre le péché, elle unit plus étroitement au Christ et à l’Église.
Elle façonne progressivement le cœur du chrétien à la mesure du Christ. En recevant le Corps livré du Christ, le fidèle est appelé à devenir lui-même don pour les autres.
Pour aller plus loin...
Catéchisme et Youcat
Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 1322-1344.
Youcat nn. 208-212 ; 223
Magistère
PAUL VI, Lettre encyclique Mysterium fidei, 1965.
BENOÎT XVI, Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum caritatis, 2007.
Livres
Christophe SCHÖNBORN, Le pain qui nous fait vivre, Plans-sur-Bex, Parole et Silence, 2017.
Guillaume DE MENTHIÈRE, Ce pain qui donne vie, Paris, Salvator, 2024.
Scott HAHN, Le festin de l’Agneau : l’Eucharistie, le ciel sur la terre, trad. Emilie Pécheul, Editions des Béatidudes, 2008.

Credo
Comprendre et vivre la foi catholique
Un livre publié aux éditions du Cerf.
Province de Toulouse
1, impasse Lacordaire
31400 Toulouse
Institutions
Dominicains de la Province de Toulouse
Diocèse de Monaco
Thomistic Institute
Éditions du Cerf
Contact
catechisme.credo@gmail.com

