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Chapitre 34

L’étude sacrée : l’Écriture
et la lectio divine

Script de la vidéo

La lectio divina : Rencontrer Jésus avec son cœur

Au début de l'Évangile de Jean, nous assistons à une scène frappante. Jean-Baptiste, André et un autre disciple se tiennent debout quand passe Jésus. Jean-Baptiste leur dit : « Voici l’Agneau de Dieu. »

« Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus.

Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? »

Il leur dit : « Venez, et voyez. »

Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. » Après cette rencontre, André revient vers son frère Pierre et lui dit, sans transition : « Nous avons trouvé le Messie. » André a fait une expérience spirituelle : il a commencé à construire une relation intime et solide avec le Seigneur.

Dans la vie chrétienne, nous cherchons à fréquenter Jésus pour demeurer avec lui, comme André. Il s'agit de connaître Jésus d'une manière permanente, certaine et réelle, à travers les Écritures. Un des dangers de la vie spirituelle est de confondre nos sentiments avec la Parole de Dieu. Voilà pourquoi il est bon, pour savoir ce que Dieu veut nous dire, d’apprendre à lire la Bible, seul ou en groupe. L'une des façons d'y parvenir est une pratique concrète appelée la « lectio divina ».

1. La lectio divina : une lecture contemplative de la Parole de Dieu

Lectio divina signifie « lecture sacrée ». Cette expression désigne une lecture méditative, amoureuse, de la Bible. Nous savons que Dieu est l'auteur de toute la Sainte Écriture. L’Esprit Saint a agi lui-même à travers des auteurs humains ; il les a « inspirés », comme on dit, pour que leurs textes soient préservés de toute erreur. Par conséquent, toutes les Écritures de la Bible sont vraiment porteuses de Révélation, elles nous communiquent des vérités sur Dieu. Dans l’Antiquité, les Pères de l’Église disaient même que l’Écriture est « déifiante » : elle nous communique Dieu et nous assimile à Lui.

Les Écritures, disait Origène, un prêtre du 3e siècle, sont « un océan de mystères ». Elles ont une profondeur de sens infinie. Comme elles ont Dieu pour auteur, elles sont inépuisables et fécondes ! Nous y découvrons toujours de nouvelles sources de grâce et de vérité. La lectio divina permet d’entrer davantage dans cette plénitude de la Révélation.

2. Les quatre étapes de la lectio divina

La lectio divina, telle que nous la pratiquons souvent, a été donnée sous sa forme classique par un certain Guigues le Chartreux. Ce moine du 12e siècle avait décrit quatre étapes pour nous conduire au cœur des Écritures.

Première étape, la lecture. À ce stade, il s'agit simplement d'une lecture lente, attentive, d’un petit passage de la Bible. On note les principales caractéristiques qui ressortent du texte.

Il vaut mieux commencer par les évangiles. Car dans les évangiles, Jésus-Christ agit d'une manière claire et distincte. Vous pouvez choisir quelques versets — ni trop longs ni trop courts — et les lire lentement et de manière méditative, en faisant des pauses pour vous rappeler ce que vous savez de ces textes et repérer ce qui vous frappe peut-être pour la première fois.

Après la lecture, nous passons à la deuxième étape : la méditation. À ce stade, nous commençons à nous poser des questions sur le texte. Par exemple, où est Jésus dans ce passage ? Comment sauve-t-il ? Que fait-il pour communiquer sa grâce ? Dans ce processus, nous nous engageons dans le texte, nous nous y confrontons, cela devient une sorte de rencontre, une conversation.

De la méditation, nous passons à la troisième étape, la prière. Ici, nous demandons. Nous demandons à Dieu, dans la foi, de nous éclairer ; d'approfondir notre désir pour ce qui est écrit dans le texte. Nous lui demandons de se révéler un peu plus à nous. Des questions, nous passons à la louange, et de la louange, à la joie de savourer la présence de Dieu.

On entre alors dans la quatrième et dernière étape, qu’on appelle la contemplation. Cette étape représente la dimension la plus mystérieuse de la lectio divina. C'est quelque chose que le Seigneur fait en son temps, comme il veut, quand il veut. Le Seigneur agit alors de manière indicible : il répand sur notre esprit comme un rayon de lumière divine, il touche notre cœur — il l’embrase, comme pour ces deux disciples qui écoutaient Jésus leur expliquer les Écritures sur la route d’Emmaüs, le soir de Pâques. Le Seigneur nous donne de goûter les mystères eux-mêmes. Ce n'est pas quelque chose que nous faisons, c'est plutôt quelque chose que Dieu fait en nous.

3. Pas tant une méthode qu’un chemin

Il vaut la peine de noter que ces étapes ne sont pas réglées comme une horloge suisse ! Nous ne passons pas tant de minutes à la première étape, puis tant de minutes à la deuxième, et ainsi de suite, comme si nous pouvions diriger ces étapes à notre gré.

Parfois, les étapes se chevauchent ou se confondent, et nous passons de l'une à l'autre au rythme que donne le Saint-Esprit. C’est lui qui nous conduit. Ces étapes ne se succèdent donc pas de manière mécanique, mais de façon plus organique, plus personnelle.

En fait, la lectio divina ne consiste pas à suivre systématiquement ces étapes, mais à mieux se disposer à l'œuvre de Dieu qui nous parle dans les Écritures saintes. Il s’agit de laisser le Seigneur établir en nous une sorte de disposition contemplative qui s’étende à toute notre vie. Nous voulons devenir plus dociles à la Parole du Seigneur. Nous voulons mieux accueillir les réalités divines, être plus facilement touchés par l’inspiration et la grâce de Dieu tout au long de la journée.

4. S’appuyer sur les amis de Dieu

Les Écritures, par ailleurs, sont l'âme de la théologie. Notre étude de la foi commence toujours par les Écritures, elle se fonde sur les Écritures, mais elle va au-delà de la lecture pour embrasser toute la vie et tous les enseignements de l'Église. Il est donc utile de lire ce que nos prédécesseurs dans la foi ont dit ou écrit à propos des Écritures. Il vaut la peine de consulter les Pères de l'Église, les théologiens du Moyen Âge, les saints modernes. Tous ont contribué à mettre au jour, un peu plus encore, les trésors cachés dans le champ des Écritures.

La vie des saints, en particulier, est une manifestation vivante de l'Écriture à travers l'histoire. On peut penser, par exemple, à saint Antoine du Désert. Un jour, alors qu'il assiste à la messe, Antoine entend la proclamation de Matthieu 19. C’est le passage où Jésus dit à un jeune homme : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. » Après avoir entendu ces paroles, Antoine se dit qu’elles sont pour lui aussi. Son cœur s’enflamme, il quitte tout et devient ainsi le précurseur de tout le mouvement monastique ! Le Père des moines !

Ainsi, en lisant ce que d'autres ont dit sur les Écritures — ou écrit —, nous pouvons nous plonger dans l'histoire et la théologie de l'Église, dans sa spiritualité et sa liturgie, et dans ce que de nombreux saints ont dit à propos de la vie avec Dieu. Ce que nous cherchons, nous, en pratiquant la lectio divina, et plus largement en étudiant la Parole de Dieu, c’est une sorte de disposition constante à chercher et à trouver Dieu. Les enseignements de l'Église, quand ils sont mis en dialogue avec notre expérience de vie, s'avèrent infiniment fructueux et enrichissants.

Conclusion

Vous savez ce qu’il vous reste à faire ? Comme le jeune Samuel, ouvrez votre Bible et dites à Dieu : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ! »

Pèlerins d’Emmaüs,

Bible et Art

Les pèlerins d'Emmaüs — Luc 24, 13-32

Voici que, le même jour, deux d'entre eux se rendaient dans un village située à soixante stades de Jérusalem, du nom d'« Emmaüs » et ils causaient entre eux de tout ce qui s'était passé. Et il advint, comme ils s'entretenaient et discutaient entre eux, Jésus lui-même, s’étant approché, faisait route avec eux ; mais leurs yeux étaient retenus, afin qu'ils ne le reconnussent pas. Il leur dit :

— Quelles sont ces paroles que vous échangez en marchant ? Et pourquoi êtes-vous tristes ? Prenant la parole, l’un d’eux, nommé Cléophas, lui dit :

— Tu es bien le seul étranger de Jérusalem à ne pas savoir ce qui est arrivé ces jours-ci !

Et il leur dit : — Quoi ?
et ils dirent :
— Ce qui concerne Jésus le Nazaréen, qui fut un homme prophète, puissant en œuvre et en parole devant Dieu et tout le peuple ; comment aussi nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour une condamnation à mort et l’ont crucifié. Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait racheter Israël et cependant, après tout cela, voici déjà le troisième jour que ces choses sont arrivées ! À la vérité, quelques femmes des nôtres nous ont effrayés :

elles furent avant la lumière au tombeau, et n’ayant pas trouvé son corps, elles vinrent en disant qu’elles avaient vu des anges, en vision qui disent qu'il est vivant.  Quelques-uns des nôtres                             sont allés au tombeau et le trouvèrent tel que les femmes l'avaient dit mais lui, ils ne le trouvèrent pas.

Et lui leur dit :

— Ô insensés et lents de cœur à croire à tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer ainsi  dans sa gloire ? 

Et en commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur interprétait dans toutes les Écritures ce qui le concernait.

Ils approchèrent du village où ils se rendaient et lui feignit d'aller plus loin. Mais ils le pressèrent en disant : 

— Reste avec nous, car le soir vient et le jour est déjà sur son déclin.
Et il entra pour rester avec eux.

Et il advint que, comme il était à table avec eux, il prit le pain, le bénit, le rompit, et il le leur présentait. Et leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent puis il disparut à leurs yeux. Et ils se dirent l’un à l’autre :

— Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous tandis qu'il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Écritures ?

Pour aller plus loin...

Catéchisme et Youcat

Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 115-119 ; 1177 ; 2708 ; 2205.

Youcat nn. 16 ; 491.

Magistère

BENOÎT XVI, exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, 2011

Livres

GUIGUES LE CHARTREUX, Lettre sur la vie contemplative, coll. « Sources chrétiennes », no 163, Paris, Cerf, 1970.

Enzo BIANCHI, Prier la Parole. Une introduction à la Lectio divina, coll. « Vie monastique », 15, Abbaye de Bellefontaine, 1983.

Scott HAHN, Comprendre les Écritures. Un cours complet d’introduction à la Bible, Montréal, Wilson & Lafleur, 2008.

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