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Chapitre 28

Les béatitudes
et les dons du Saint-Esprit

Script de la vidéo

Introduction

            La vie chrétienne est un chemin vers le bonheur. Plus exactement, elle est une promesse de la part du Seigneur d’être heureux. Voilà pourquoi dans son grand sermon sur la montagne Jésus commencera par énoncer huit grandes béatitudes. Ce bonheur a pour source Dieu et il trouve son achèvement en Dieu. Être chrétien, c’est confesser que Dieu s’est fait homme pour que l’homme sache qu’il pourra désormais vivre avec Dieu, dès ici-bas et pour l’éternité. Pour bien manifester que ce bonheur est surnaturel, Jésus choisit délibérément des situations extrêmes où le bonheur de l’homme est habituellement menacé ! Ceux qui pleurent, ceux qui sont persécutés, les pauvres de cœur : si j’ose dire, avec Jésus, même ceux-là seront heureux ! Même les doux posséderont la terre ! Ce qui, avouons-le, est un renversement complet de la logique habituelle qu’on trouve dans le monde des affaires… 

            Jésus s’adresse aux petits ! Il est venu spécialement pour eux. Il leur promet assistance. Déjà dans l’Ancien Testament, David, fort de sa confiance en Dieu, et malgré son jeune âge et sa petite taille affrontera le géant Goliath. Il sortira victorieux de ce combat. Pourquoi ? Car l’Esprit du Seigneur était sur lui. David est celui qui fut choisi par le Seigneur. Il a reçu l’onction. Il préfigure le Christ, le Messie. Mais nous le savons, par le baptême, nous recevons nous aussi cette onction. L’Esprit du Seigneur nous fut donné en partage pour que nous puissions sortir victorieux des obstacles et des défis auxquels le combat pour le royaume de Dieu nous soumettra !

            Or, le prophète Isaïe en son temps, eut une révélation des qualités que cet Esprit inspire aux humbles : Esprit de crainte du Seigneur -Esprit de conseil et de force, Esprit d’intelligence et de science, Esprit de piété et de sagesse. Ces sept dispositions inspirées permettent d’agir sous l’influence de l’Esprit Saint. La tradition de l’Église les appelle les dons du Saint-Esprit. Ils sont comme les voiles d’un navire ! Déployés, ils permettent au vent de l’amour divin (l’Esprit Saint) de faire avancer notre vie et nos actes dans la bonne direction : cap sur l’amour de Dieu et du prochain !

            Quel est le rôle exact des dons du Saint-Esprit ? Comment les reçoit-on ?

1. Le rôle des dons du Saint-Esprit

            La vie chrétienne se caractérise par deux dynamiques complémentaires et inséparables. Il y a d’un côté les actes que nous décidons ! Au vu de l’enseignement du Christ et de l’Église, nous discernons qu’il faut agir ainsi. Cette décision et cet agir sont nôtres même si c’est toujours sous l’influence de la grâce. C’est ainsi par exemple que je décide de poser un acte de foi en présence de la sainte Eucharistie. J’exerce alors la vertu de foi. C’est ainsi que je décide de pardonner à cette personne qui m’a offensé. Je pose un acte de charité. J’affronte telle situation désagréable pour défendre la justice. Je pose un acte de courage motivé par la vertu de justice. Je vis et j’agis par les vertus théologales et morales. C’est la première dynamique qui rend compte de ma vie chrétienne. Mais il y en a une seconde qui lui est complémentaire. Elle se traduit par une forme de passivité. Elle se laisse agir plutôt qu’elle n’agit ! Plus précisément, la manière d’agir n’est plus uniquement humaine, elle devient divine ! Surnaturelle. Par exemple, je n’agis pas en fonction de ce que je sais de la miséricorde, mais j’éprouve la miséricorde de Dieu. J’expérimente pour ainsi dire l’amour de Dieu de sorte que cet amour m’envahit. Je n’agis pas en fonction d’un savoir mais d’une expérience du cœur. Saint Thomas d’Aquin dira que je vis selon l’Esprit de Sagesse (le don de sagesse). Je juge alors le monde qui m’entoure selon cet amour que j’éprouve en moi. J’ordonne ma vie selon cet amour de Dieu et je l’ordonne autour de moi ! Je deviens précisément un artisan de paix. Heureux cet artisan de paix dit Jésus car il sera appelé fils de Dieu. La vie chrétienne ne peut pas se vivre sans cette réception, cette part de passivité qui permet à Dieu de nous conduire à sa façon.

            Les dons sont donc complémentaires des vertus. Comme l’inspiration est complémentaire du travail acharné du poète ou du mathématicien. Une part de leur génie ne serait rien sans cette part passive de leur travail.

            Le Saint-Esprit nous saisit parfois parce que la vertu humaine a besoin d’un secours divin, parfois parce que la vertu théologale est si pure qu’elle a besoin pour s’exercer de ce même secours divin. Par exemple, pour le courage. Les Romains se représentaient la vertu de force comme celle du combattant qui terrasse son ennemi. Les chrétiens eux admirent la force du Christ qui sur la Croix continuera d’aimer de tout son cœur, Dieu et son prochain ! Cette force est la force de l’amour. Bien sûr, le chrétien est appelé à cultiver son courage comme les Romains mais le don du Saint-Esprit lui donnera un amour supplémentaire de sorte que même lors de la persécution son esprit vivra dans l’amour de Dieu. « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, le royaume des cieux est à eux promet Jésus ». Et il est vrai que dans l’histoire de l’Église, il y eut bien des martyrs qui ont témoigné d’une sérénité étonnante devant certains supplices. C’est l’œuvre du don de Force.

            Si ces dons sont particulièrement visibles lors de situations exceptionnelles, ils sont pourtant un secours dans notre vie ordinaire qui est appelée à vivre ordinairement de la charité ! Saint Thomas par exemple dira que le don de force est nécessaire pour vivre la chasteté et la virginité pour le royaume ! Le don de science, par exemple, pour les vérités de foi nous donnera de goûter plus intensément les vérités qui y sont contenues. On découvrira tout d’un coup ce que tel mystère veut dire pour moi ! Son harmonie avec les autres mystères de la foi ! Cette nouvelle lumière donnera un éclat particulier à des vérités auxquelles j’adhérais par la foi mais par le don du Saint-Esprit de science j’en goûte la pertinence et la sagesse ! On ne finira jamais par exemple d’approfondir ce cri de saint Paul : « Il m’a aimé et s’est livré pour moi ».

2. Comment les obtenir ?

            Heureux les cœurs purs, heureux les pauvres de cœur, heureux les doux, heureux les miséricordieux ! Autant de dispositions d’âme dans lesquelles nous mettent ces dons. C’est en y consentant qu’on réalise cette dynamique de passivité dont la vie chrétienne a vitalement besoin pour que nous devenions un autre Jésus pour le monde.

            D’abord ces voiles sont en nous depuis le baptême. Le don du Saint-Esprit suffit à rendre compte de la présence de ses dons en nous ! Comme la lumière se réfracte en plusieurs couleurs. La confirmation vient déployer ces voiles en nous ! Pour leur donner leur maximum d’influence dans nos vies !

            Cette vie qui s’appuie sur ces dispositions stables est une vie dans l’Esprit. Cela veut dire qu’il faut se mettre sous son influence, en demandant sans cesse sa venue. L’Esprit saint est un gentleman qui préfère agir lorsqu’on le luidemande. La prière est donc une condition nécessaire pour vivre de cet Esprit ! Voilà pourquoi la vie sous l’influence de l’Esprit Saint n’existe qu’à condition d’une vie d’amitié avec Dieu.  D’ailleurs le don de piété viendra ici au secours de notre pauvre amour de Dieu en nous donnant d’éprouver avec plus de tendresse et de gratitude combien nous dépendons de Dieu en tout, comme un enfant auprès de son Père.

            Plus encore, à la piété, s’ajoute aussi une certaine pauvreté de Cœur. Voilà pourquoi les béatitudes s’ouvrent par celle-ci. Car elle est la clé d’une bonne réceptivité. « Ce que tu as caché aux sages et aux savants tu l’as révélé aux tout-petits ». Les difficultés de la vie, même les plus ordinaires deviennent alors l’occasion de demander les secours de Dieu et des appels à vivre dans l’amitié divine. Ces peines et ces difficultés ne seront plus seulement des soucis stériles mais des occasions pour vivre de l’amour de Dieu. Heureux les pauvres de cœur car le royaume des cieux est à eux ! Des saints comme sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ont bien vite compris cette petite voie toute simple faite de confiance et d’abandon. Alors qu’elle se désole de la distance entre ses capacités et la vie des saints, l’Esprit de conseil lui inspire cette image : « Nous sommes dans un siècle d’inventions, maintenant ce n’est plus la peine de gravir les marches d’un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection.” L’Esprit lui souffle alors de chercher dans les Écritures et elle tombe sur ce passage : “Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi” (Pv.9,4). Et elle de commenter : “Alors je suis venue, devinant que j’avais trouvé ce que je cherchais […] l’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus.”

Bible et Art

Christ aux sept dons du Saint-Esprit — Luc 4, 14-21

Et Jésus retourna en Galilée dans la puissance de l’Esprit et sa renommée se répandit dans toute la région. Et il enseignait dans leurs synagogues et il était glorifié de tous.

Il vint à Nazareth où il avait été élevé et il entra selon sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue et il se leva pour lire. On lui remit le livre du prophète Isaïe et, ayant déroulé le livre, il trouva le passage où était écrit :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi, c'est pourquoi il m’a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, il m’a envoyé proclamer aux captifs la délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, renvoyer en liberté ceux qui sont brisés par les fers, proclamer l'année favorable du Seigneur et le jour de la rétribution. »

Pour aller plus loin...

Catéchisme et Youcat

Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 1716 ; 1729 ; 1830-1832.

Youcat nn. 205 ; 282-284 ; 310.

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Magistère

FRANÇOIS, Les sept dons de lEsprit Saint, Paris, Éditions de lEmmanuel, 2015.

Livres

AUGUSTIN, Le Sermon du Seigneur sur la montagne, Paris, Books on Demand, 2019.

Marie-Dominique POINSENET, Les sept voiles de mon bateau ou les dons du Saint-Esprit, Paris, Desclée de Brouwer, 2007.

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