Sélectionner Une Page

Chapitre 26

Tempérance et chasteté

Script de la vidéo

Gouverner les passions

Nous faisons l’expérience, très souvent, qu’il est difficile de réguler nos désirs : nourriture, boisson, sommeil, achats en tous genres, tout y passe. Au sein de notre affectivité et de nos émotions, nous découvrons que notre capacité à désirer est très grande. Elle est même désordonnée, parfois anarchique, voire tyrannique. Pour n’être pas esclaves de nos désirs, il nous faut user de notre raison pour déterminer ce qui convient comme nourriture, boisson ou sommeil.

La tempérance est précisément la vertu morale qui régule « les plaisirs des sens en accord avec la raison humaine. Elle régule l’attrait des plaisirs et procure l’équilibre dans l’usage des biens créés. Elle assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l’honnêteté. La personne tempérante oriente vers le bien ses appétits sensibles, garde une saine discrétion et "ne se laisse pas entraîner pour suivre les passions de son cœur" (Si 5, 2 ; cf. 37, 27-31) » (CEC 1809). Il est donc manifeste que la vertu n’a pas pour but de faire disparaître nos désirs et nos passions mais bien plutôt de les ordonner au bien et de les harmoniser. Par exemple, par tempérance, je suis invité à manger et à profiter d’un bon repas, mais sans me rendre malade ou, à l’inverse, sans mépriser la joie d’une bonne nourriture.

1. La chasteté, tempérance de la sexualité

L’être humain doit aussi vivre sa sexualité en accord avec la raison et la charité. L’instinct sexuel humain est particulièrement fort et, en conséquence du péché originel, la dépendance sexuelle, la luxure et l’égoïsme irrationnel sont monnaie courante dans le comportement humain. Or, il se trouve que les enjeux de la sexualité humaine sont élevés : du fait que la sexualité est relationnelle par nature, toute action sexuelle affecte profondément la relation d’une personne humaine avec Dieu, avec elle-même et avec les autres êtres humains. La sexualité humaine est un pouvoir de reproduction. Par conséquent, elle est inévitablement liée à notre capacité à transmettre la vie humaine, qui est sacrée. L’activité sexuelle n’est donc jamais simplement triviale ou récréative. Elle relie les êtres humains à Dieu et les uns aux autres de manière profonde, et inversement, elle peut conduire à une aliénation de nous-mêmes et une séparation d’avec Dieu et des autres.

La chasteté est la vertu spécifique qui régit les actions sexuelles humaines en accord avec la raison et la charité. Pour le dire autrement, pratiquer la vertu de tempérance en matière sexuelle, c’est être chaste. La chasteté n’est pas une vertu pudibonde. Elle est en réalité la seule option pour ceux qui souhaitent éviter l’esclavage de la luxure, l’instabilité morale ou l’anarchie personnelle de l’addiction sexuelle. La chasteté consiste à gouverner rationnellement les sens et l’instinct sexuel. Une personne cherche à être chaste lorsqu’elle détourne de la luxure et de l’impureté sexuelle ses pensées et son imagination, ses instincts et ses activités extérieures pour les tourner vers des relations humaines sereines, fondées sur l’amour et le respect.

2. La chasteté conjugale

La chasteté comporte deux états distincts : la chasteté conjugale et la chasteté dans l’état célibataire. La chasteté conjugale ne se caractérise pas en premier lieu par la continence, c’est-à-dire l’abstention de relations sexuelles. Il s’agit de vivre un amour conjugal chaste qui s’exprime notamment dans les relations sexuelles. De telles relations requièrent l’amour, la tendresse, un respect mutuel profond, ainsi qu’une véritable ouverture à la vie. Il est possible pour des époux de vivre sans chasteté l’un avec l’autre lorsqu’ils font de la luxure et du plaisir une fin en soi, coupée de la finalité du mariage, c’est-à-dire l’amitié conjugale et la procréation d’enfants.

La sexualité humaine ne peut donc être vécue en vérité que dans le mariage entre un homme et une femme ouverts à la vie. Le mariage est le « lieu » unique dans lequel la sexualité humaine peut être offerte à Dieu conformément à sa nature profonde : unir les couples mariés pour toujours en vue de la procréation et de l’éducation des enfants. La sexualité dans le mariage peut être sanctifiée par Dieu et rapprocher un couple du Christ. À l’inverse, la sexualité en dehors du mariage est objectivement et moralement problématique. Elle tend à éloigner une personne de Dieu, parfois de manière dramatique.

3. La chasteté en dehors du mariage

La chasteté en dehors du mariage consiste alors à vivre dans le célibat, que ce soit pour un temps ou de façon permanente. Les couples qui se fréquentent sans être mariés sont appelés à vivre une forme réaliste de chasteté par laquelle ils s’abstiennent de toute expérience sexuelle. Ils sont appelés à s’aimer avec respect, aidés et fortifiés par la réception régulière des sacrements. Les personnes qui ne peuvent pas se marier pour diverses raisons peuvent demander à Dieu la force personnelle et la sainteté de vivre une vie de chasteté, avec l’aide du Christ. Cette forme de vie est possible et peut devenir un moyen de grandir dans le don joyeux aux autres.

Les prêtres et les membres des ordres religieux catholiques sont appelés à une forme de vie caractérisée par la chasteté permanente dans le célibat, exprimée par des vœux ou des promesses solennelles. Cet état de chaste consécration à Dieu est une offrande totale de soi à Dieu qui permet une disponibilité radicale pour la mission du Christ et un élargissement du cœur au service de tous ceux qui sont dans le besoin. Cette vie de consécration trouve son origine dans l’exemple du Christ et de la Vierge Marie, ainsi que de saint Paul, saint Jean et d’autres saints des premiers temps du christianisme. Les êtres humains peuvent se donner sans équivoque au service de l’amour divin en offrant toute leur vie à Dieu et au service de l’Évangile.

Chaque chrétien est tenu de chercher un haut degré de chasteté intérieure, non seulement dans ses actes ou ses paroles, mais aussi dans ses pensées et son imagination. Cela est difficile. À cause du péché originel, il est difficile de gouverner la sensibilité, et tout homme est affecté par ce que la théologie catholique appelle la « concupiscence », c’est-à-dire un dérèglement des désirs. Cependant, avec l’aide de la grâce et de la confession régulière, chacun peut faire de grands progrès (parfois sur une longue période de temps) dans la maîtrise, l’unification et l’intégration personnelles de l’esprit et du corps. Il est évident que la pornographie ou les images impures sont à proscrire absolument. Cette lutte est spirituellement significative et méritoire lorsqu’elle est menée en union avec le Christ et sa grâce.

4. La contraception

Les couples mariés sont grandement aidés dans leur vie conjugale en recevant de ce que l’Église catholique enseigne sur la contraception, ainsi que sur les avantages de son alternative : la régulation naturelle des naissances. La contraception se définit comme tout acte qui se produit avant, pendant ou après l’union conjugale et qui vise à empêcher intentionnellement la conception d’une vie humaine. Elle utilise des méthodes artificielles ou d’autres techniques pour empêcher la conception. Autrement dit, la contraception est un acte volontaire de stérilisation de la sexualité humaine. Cet acte dissocie le plaisir sexuel de l’union authentique des époux et de l’accueil des enfants.

Les conséquences de la contraception sont importantes et problématiques. Elle aliène la sexualité humaine de sa relation directe avec Dieu qui donne la vie et, par conséquent, profane la sexualité humaine, en la réduisant à n’être qu’une recherche du seul plaisir sexuel. Elle rend également chaque membre du couple plus susceptible de tomber dans une dépendance sexuelle compulsive, de sorte qu’ils s’utilisent mutuellement pour le plaisir au lieu de se donner l’un à l’autre dans l’amour. Parce qu’elle implique le désir de se stériliser (ou de stériliser l’autre), la contraception affecte l’attitude des époux l’un envers l’autre, voire leur compréhension de la sexualité. Il s’ensuit que la fécondité et l’engagement à élever des enfants ensemble ne sont plus acceptés comme une partie essentielle de l’acte sexuel. La contraception redéfinit la sexualité au fil du temps, même dans le mariage : en séparant la relation sexuelle d’un possible engendrement, elle la sépare aussi d’un authentique don de soi à l’autre. Elle conduit donc facilement à l’égoïsme et peut rendre l’engagement conjugal et la fidélité plus difficiles.

5. La régulation des naissances

L’Église catholique enseigne que la régulation naturelle des naissances n’est pas simplement une autre forme de contraception, mais quelque chose de tout à fait différent.

Pourquoi en est-il ainsi ? Essentiellement parce qu’elle ne consiste pas à stériliser délibérément les actes sexuels. Elle consiste plutôt à s’abstenir de relations sexuelles pendant une période où l’épouse est plus susceptible d’être fertile (souvent environ huit à dix jours par mois). Il s’agit pour le couple d’être prêt à accueillir un enfant toujours considéré comme un cadeau. Parfois, pour des raisons graves comme la santé, l’équilibre psychique ou des contraintes économiques, cet accueil peut être différé.

Et lorsque les époux s’unissent sexuellement, même s’ils savent qu’ils ont peu de chances de concevoir, ils maintiennent une relation intégrale, c’est-à-dire ouverte à Dieu, au conjoint et à l’enfant. De la sorte, ils respectent leur corps, en particulier le rythme naturel du corps de l’épouse. C’est souvent un sacrifice, mais qui peut les rapprocher de Dieu. Il n’est possible que si l’un et l’autre s’y engagent mutuellement. Ainsi leur amour en est renforcé.

Conclusion

La grâce de Dieu vient au secours de notre faiblesse. En coopérant avec cette grâce, nous pouvons acquérir et cultiver la vertu de tempérance. Celle-ci régule nos désirs et les ordonne au bien véritable. Il y a là une source de liberté intérieure pour aimer en vérité. De la sorte, nous faisons nôtres les sentiments du Christ, et vivons de sa vie.

Bible et Art

La prière nuptiale de Tobie et Sara — Tb 14, 22-33

Et Tobie exhorta la jeune fille, en lui disant :
— Sara, lève-toi, et prions Dieu aujourd’hui, demain et après-demain durant ces trois nuits nous serons unis à Dieu et, après la troisième nuit, nous vivrons dans notre mariage. Car nous sommes enfants des saints et nous ne pouvons pas nous unir comme les nations qui ne connaissent pas Dieu. S’étant donc levés ensemble, tous deux prièrent instamment Dieu de leur accorder la santé. Tobie dit :

— Seigneur, Dieu de nos pères, que le ciel et la terre, que la mer, les fontaines et les fleuves, avec toutes tes créatures qu’ils renferment, te bénissent !

Approfondissez votre foi.

Credo

Comprendre et vivre la foi catholique

Un livre publié aux éditions du Cerf.

Province de Toulouse
1, impasse Lacordaire
31400 Toulouse

Institutions

Dominicains de la Province de Toulouse

Diocèse de Monaco

Thomistic Institute

Éditions du Cerf