Sélectionner Une Page

Chapitre 25

Justice

Script de la vidéo

Un poète anglais a forgé cette formule célèbre : « Aucun homme n’est une île […]. Chaque homme est un morceau du continent, une partie de l’ensemble. »

Chacun de nous vient au monde dans un réseau de relations avec les autres. Même si chacun est unique, les êtres humains sont par nature des êtres sociaux. Nous avons des familles, des voisins, des amis, des collègues, des concitoyens.

Définition de la justice : rendre à autrui ce qui lui est dû

La justice, qui est le thème de ce chapitre, est donc un sujet extrêmement important, et une vertu morale essentielle, parce que nous sommes des êtres en relation. Saint Thomas d’Aquin dirait : « Il n’y a pas d’acte qu’une personne puisse commettre qui ne soit, d’une certaine manière, un acte de justice », car nos actions affectent toujours les autres d’une manière ou d’une autre.

Même lorsqu’un individu est seul – je veux dire physiquement seul, loin des personnes qui l’entourent –, il n’est jamais seul sur le plan moral. Chaque acte que nous posons retentit sur les autres. 

Ainsi, nos actes les plus secrets ont une incidence sur notre capacité à rendre aux autres ce qui leur est dû. D’ailleurs, c’est en ces termes que la tradition chrétienne définit la justice : la justice consiste à rendre à autrui ce qui lui est dû. Aujourd’hui, beaucoup rapportent la justice à eux-mêmes ; ils la comprennent comme ce à quoi ils ont droit. C’est le sentiment de justice qu’éprouvent spontanément les enfants. Ce sentiment est tout à fait juste, mais il est tourné vers soi. Autre est la vertu de justice, qui tourne notre volonté vers les autres.

La justice est une affaire d’égalité. Notre commune nature humaine, voilà ce qui fonde au plus haut point l’égalité de la justice, et donc de ce qui est dû à autrui. Nous pourrions ajouter à cette approche philosophique une autre perspective, plus théologique : c’est que nous sommes tous créés, dit la Bible, « à l’image de Dieu ».

Fondamentalement, donc, nous sommes tous des personnes égales par nature ; c’est pourquoi nous nous devons aux uns et aux autres un respect mutuel en matière de justice. 

Depuis l’époque de la Grèce antique, les intellectuels et les auteurs païens, puis chrétiens, ont reconnu que des relations complexes de justice lient les individus les uns aux autres. Cela les a conduits à distinguer plusieurs types de justice. Il y a trois situations concrètes : la justice entre individus (entre deux personnes), la justice entre un individu et sa communauté, la justice de celui qui exerce l’autorité.

La justice entre individus

Traditionnellement, nous parlons de la justice qui régit les échanges entre les individus. C’est ce qu’on appelle la justice commutative. En général, c’est ce à quoi on pense lorsqu’on commence à parler de justice. C’est la mesure convenue entre ce qui est donné et ce qui est reçu. Par exemple, vous pouvez conclure un accord avec votre voisin. « Je lave ta voiture cette semaine. Tu laves la mienne la semaine prochaine. » Il y a là une égalité d’échange. Un lavage de voiture contre un lavage de voiture.

Mais cette égalité peut s’exprimer d’autres manières. Par exemple, si vous dites à votre voisin : « Je te donnerai 20 euros si tu laves ma voiture. » Dans ce cas, on rend à autrui ce qui lui est dû et qui a été établi par les termes de l’échange convenu. Si je venais à rompre cette promesse, à enfreindre les termes de cet accord, je manquerais à la justice. 

La justice entre une personne et sa communauté

Mais la justice s’applique également à d’autres types de relations. L’une d’entre elles concerne les relations dans lesquelles la personne à qui l’on doit quelque chose n’est pas un autre individu, mais l’ensemble de la communauté.

Ce type de justice reconnaît que chaque individu doit quelque chose à sa famille et à la communauté humaine à laquelle il appartient – à la cité (en grec, la cité, c’est polis, qui donne la communauté « politique »). Nous appelons cette forme de justice la justice générale ou la justice légale. Il s’agit de servir le bien commun. C’est cette justice qui vous oblige, par exemple, à payer vos impôts à temps, à prendre vos responsabilités, à vous engager au service des autres, etc.

Il n’est pas nécessaire d’être d’accord avec les règles établies par l’autorité politique pour que ces règles soient justes. Il arrive que nous ne soyons pas d’accord sur la place du feu rouge, sur le montant d’une contravention, ou la limite de vitesse. Parfois, nos dirigeants politiques prennent des décisions que nous ne prendrions pas. Mais si ces lois sont promulguées par l’autorité légitime et qu’elles sont conformes au bien commun, nous devons, en toute justice, les respecter. Désobéir à une loi juste revient à manquer à la justice.

En revanche, il peut arriver que des lois de la cité soient injustes, par exemple quand elles violent une exigence morale fondamentale. Une loi injuste n’a pas force de loi. C’est même un devoir moral de ne pas lui obéir et de lutter en vue de son abolition. C’est ce qu’on appelle l’objection de conscience.

La justice exercée par ceux qui ont autorité

Il existe un troisième type de justice, celle qu’exercent ceux qui détiennent l’autorité. On l’appelle justice distributive. Elle régit la manière dont l’autorité politique veille à ce que chaque membre de la communauté reçoive sa part équitable des biens communs (tels que l’eau, l’électricité, l’accès aux transports, etc.). Cette part n’est pas nécessairement identique, car nous n’avons pas tous les mêmes besoins, mais c’est une part jugée équitable.

Cette justice garantit également l’accès équitable aux biens qui nous concernent tous, tels que la sécurité, l’éducation, la santé. Du côté de l’autorité politique, ne pas assurer cette distribution équitable – ou, pire encore, commencer à traiter le bien commun comme une sorte de possession personnelle ou un bien particulier de la classe dirigeante – c’est manquer gravement à la justice. 

Grâce et justice

Chez un chrétien, la grâce n’abolit pas, mais intensifie les exigences de la justice. Les citoyens et les dirigeants chrétiens sont tenus, tant par nature que par grâce, de rendre aux autres ce qui leur est dû – et même de dépasser la règle de la justice lorsque la charité l’exige. Comme le dit Jésus : 

« À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. » (Luc 6, 29)

À tout le moins, le chrétien juste mène une vie publique dans laquelle il évite de blesser son prochain par ses paroles ou ses actes. Le chrétien refuse de porter un faux témoignage contre son prochain, d’insulter autrui ou de colporter des ragots à son sujet. Il dit la vérité aux autres. Il ne leur ment pas. Ce sont là des obligations en justice.

Un chrétien refusera également de se moquer des autres ou de les maudire. Il ne nuira pas à la réputation de son prochain. De même, le chrétien refuse de prendre la vie d’un innocent. Il ne consentira jamais à blesser physiquement son prochain ou à lui faire violence, de quelque manière que ce soit. Il refuse aussi de s’approprier les biens d’autrui par le vol, la tricherie ou l’exploitation injuste.

De manière plus positive, le chrétien rend ce qu’il doit à Dieu par des actes de religion. Ainsi, il offre à Dieu ce qui lui est dû en l’adorant, comme nous y incitent les vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité. Les chrétiens rendent également ce qu’ils doivent à leur pays par des actes de patriotisme. Cela fait partie de leur dévouement envers leur patrie.

Un chrétien rend ce qu’il doit à sa famille, en particulier à ses parents, par des actes de respect filial. Il rend ce qu’il doit à ses bienfaiteurs par des actes de gratitude. Être reconnaissant envers les personnes qui vous font du bien, ce n’est que justice. Enfin, le chrétien s’engage auprès des autres, en particulier auprès des pauvres et des défavorisés, avec amitié et générosité. 

En somme, le chrétien prend au sérieux tous les aspects de la justice. D’ailleurs, Jésus lui-même a étroitement lié la justice terrestre à la justice céleste, comme il l’affirme dans la parabole des brebis et des boucs :

« Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 40)

Voilà une bonne raison pour laquelle nous, chrétiens, nous prenons la justice au sérieux. Nous prions pour que Dieu récompense nos bonnes actions, mais aussi pour qu’il nous pardonne lorsqu’il nous arrive d’être injustes.

Bible et Art

Judith et la tête d'Holopherne — Judith 12-13

Holopherne lui dit :
— Si ce que tu as apporté avec toi s'épuise, que ferons-nous pour toi ?

 Et Judith lui dit :
— Mon seigneur, ton âme vit parce que ta servante n’aura pas consommé tout cela avant que Dieu ait réalisé par ma main le dessein que j’ai formé.

Et ses serviteurs l’introduisirent dans la tente qu’il avait désignée. Et lorsqu'elle entra, elle demanda qu’on lui accordât la faculté de sortir, la nuit et avant le jour, pour aller prier et invoquer le Seigneur. Et il ordonna à ses serviteurs qu'elle sorte et entre comme il lui plairait pendant trois jours pour adorer son Dieu.

Et elle sortait la nuit dans la vallée de Béthulie, et se lavait dans une fontaine. Et lorsqu’elle remontait, elle priait le Seigneur, Dieu d’Israël de diriger sa voie pour la délivrance de son peuple.  

Pour aller plus loin...

Catéchisme et Youcat

Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 1907 ; 1928-1948 ; 2401-2463.

Youcat nn. 302 ; 323-329 ; 426-449.

Magistère

Concile Vatican II, consitution pastorale Gaudium et spes, 1965.

Livres

Josef PIEPER, Le Quadrige. Prudence, justice, force, tempérance, Paris, Téqui, 2020.

Approfondissez votre foi.

Credo

Comprendre et vivre la foi catholique

Un livre publié aux éditions du Cerf.

Province de Toulouse
1, impasse Lacordaire
31400 Toulouse

Institutions

Dominicains de la Province de Toulouse

Diocèse de Monaco

Thomistic Institute

Éditions du Cerf