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Chapitre 24

Prudence et conscience

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La prudence et la conscience : discerner le bien et l’accomplir

La vie chrétienne, à la suite du Christ, ne consiste pas seulement à connaître le bien, mais à l’accomplir concrètement dans les situations réelles de l’existence. Il est important de viser le but (la vie avec Dieu, le Ciel, le bonheur), mais encore faut-il emprunter le bon chemin pour s’y rendre, adopter les bons moyens. Prenons un exemple courant, si je veux aller à Bordeaux, je prends le train pour Bordeaux, et non celui pour Marseille. De même, si je veux aller au Ciel, je me dois de discerner les bons moyens pour m’y rendre, et de les prendre effectivement…

Pour cela, l’Église enseigne que Dieu a donné à l’homme des repères intérieurs et des vertus qui lui permettent d’agir de manière droite. Parmi celles-ci, la prudence occupe une place centrale, étroitement liée à la conscience morale. Comprendre ce qu’est la prudence permet de saisir comment le chrétien est appelé à discerner le bien et à l’accomplir fidèlement.

1. La vie morale et la recherche du bien

L’homme est appelé à agir librement et de manière responsable. Dieu ne contraint pas la liberté humaine ; il l’éclaire, la guide, mais il ne nous force pas la main. La vie morale repose ainsi sur la capacité de l’homme à reconnaître le bien et à le choisir. Mais cette capacité n’est pas laissée au hasard. Dieu a inscrit dans le cœur de l’homme une orientation vers le bien et lui a donné la raison pour discerner ce qui est juste. La vie morale chrétienne ne se réduit donc pas à une obéissance extérieure, mais engage l’intelligence et la volonté. C’est dans ce cadre que prennent place la conscience et la prudence.

2. La conscience morale

Tout d’abord, la conscience. C’est le jugement de la raison par lequel l’homme reconnaît la qualité morale d’un acte à poser ou déjà posé. Elle n’est ni un simple sentiment, ni une préférence personnelle. Elle est un acte de la raison éclairée, en vue du bien.

Par sa conscience, l’homme se sait responsable devant Dieu de ses actes. Elle lui commande ce qu’il doit faire ou éviter puis elle juge intérieurement l’acte accompli. Comme le disait le Cardinal Newman, docteur de l’Église, « La conscience est une loi de notre esprit, mais qui dépasse notre esprit, qui nous fait des injonctions, qui signifie responsabilité et devoir, crainte et espérance ... Elle est la messagère de Celui qui, dans le monde de la nature comme dans celui de la grâce, nous parle à travers le voile, nous instruit et nous gouverne. » La conscience – qui est comme la voix de Dieu en nous, son avocat – n’est donc pas une source autonome du bien et du mal. Elle doit toujours être formée et éclairée par la vérité. Une conscience droite est une conscience qui cherche sincèrement la vérité morale et s’y conforme.

Dans des sociétés où le sens du bien peut avoir été altéré, cette formation permanente passe par l’écoute de la Parole de Dieu, par l’enseignement de l’Église, par la prière et par l’examen régulier de ses actes. Elle suppose ainsi une attitude d’humilité, par laquelle l’homme reconnaît qu’il ne se suffit pas à lui-même pour discerner le bien.

3. La prudence, vertu de l’intelligence pratique

Cela dit, la vie se déploie toujours dans des situations singulières. Les principes moraux reconnus par la conscience sont universels, mais leur mise en œuvre concrète demande discernement.

La prudence permet précisément un tel passage. En effet, la vie morale passe par l’action. Et dans ce but, Dieu (qui est l’auteur de la nature) nous a dotés d’une vertu magnifique : la prudence (qui n’est pas synonyme de timidité ou de peur, comme on peut l’imaginer dans le langage courant). Bien au contraire, elle est la vertu morale qui dispose la raison à discerner, en toute circonstance, le véritable bien et à choisir les moyens appropriés pour l’accomplir. Ce n’est donc pas pour rien qu’elle est souvent appelée la « mère des vertus », la conductrice des autres, car elle les ordonne et les guide. Si l’on compare la personne à une voiture, la vertu de force est comme l’accélérateur, la tempérance est comme le frein, la justice comme le code de la route, et la prudence comme le conducteur. La prudence occupe ainsi une place centrale dans notre vie. Sans elle, les autres vertus humaines (justice, courage, tempérance…) seraient mal orientées.

La prudence ne consiste donc pas à éviter les risques ou à agir par calcul. Elle est une sagesse pratique, orientée vers l’action juste. Elle permet de passer du principe général à l’acte concret. Sans la prudence, les autres vertus peuvent être mal appliquées ou désordonnées. La prudence donne à la vie morale sa justesse et son harmonie.

Elle tient compte des circonstances, des conséquences possibles et des responsabilités engagées, sans jamais relativiser la vérité du bien.

Ainsi, la prudence n’oppose pas la loi morale à la réalité de la vie ; elle permet de vivre la loi morale de manière juste et fidèle dans les conditions concrètes de l’existence ; autrement dit, de viser concrètement le bien.

Quelle est donc la recette de ce que l’on nomme un « acte de prudence » ? Celui-ci se déroule en trois étapes principales: la délibération, le jugement et l'ordre. Après avoir formé l'intention de faire quelque chose (par exemple : aller à Bordeaux) une personne entre dans l'étape de la délibération, au cours de laquelle elle envisage tous les moyens possibles pour atteindre le but qu'elle s'est fixé. D’ordinaire, lorsqu'une personne réfléchit aux moyens disponibles pour atteindre son objectif, en prenant même conseil auprès d'autres personnes pour s'assurer qu'elle n'oublie rien, un ou deux moyens possibles lui apparaissent comme préférables ou plus réalisables (voiture, covoiturage, train…). Si elle franchit trop rapidement l'étape de la délibération, sans évoquer un nombre suffisant de moyens à sa disposition, elle peut se rendre coupable d'un acte impulsif.

À l'étape du jugement, il s’agit de juger à la fois de la bonté et de l'adéquation des moyens privilégiés à la fin qu’on s’est fixée. Le moyen est-il moralement admissible ? (voler la voiture). Est-il adapté aux circonstances ? (le VTT est sans doute insuffisant). Le moyen préféré présente-t-il des dangers ?

Si une personne passe trop rapidement par l'étape du jugement, sans juger de la bonté de l'action proposée en fonction de tous les critères pertinents, elle pourrait se rendre coupable d'une action irréfléchie.

Vient ensuite le commandement, l’ordre, c’est-à-dire le passage à l’acte. Une fois qu'un moyen possible d'atteindre une fin a été correctement délibéré et jugé, il est temps d'ordonner ou d'exécuter l'action nécessaire à la poursuite de la fin. Il faut passer de l’analyse à la décision d’agir. C’est ici que la prudence intervient, pour que le moyen correctement délibéré et jugé soit effectivement exécuté. (Je prends mon billet de train, je vais à la gare, je valide mon titre de transport, et je prends le bon train.)

4. Les obstacles à la prudence et à la conscience droite

Plusieurs facteurs peuvent toutefois obscurcir la conscience et affaiblir la prudence : l’ignorance volontaire, l’habitude du péché, la pression de l’opinion commune, ou encore la confusion entre liberté et arbitraire.

La tradition chrétienne insiste donc sur la nécessité de demeurer vigilant : le discernement moral demande un effort constant de vérité, soutenu par la grâce.

La prière, les sacrements, et en particulier celui de la réconciliation, contribuent à purifier la conscience et à fortifier la prudence.

Conclusion

La conscience et la prudence sont ainsi des dons précieux que Dieu confie à l’homme pour le guider sur le chemin du bien authentique. On le voit, la conscience et la prudence sont étroitement liées. La conscience juge, tandis que la prudence guide l’action. La conscience indique ce qui est bien ou mal ; la prudence aide à déterminer comment accomplir le bien ici et maintenant. Une conscience droite a besoin de la prudence pour s’exprimer dans l’action. Inversement, la prudence suppose une conscience éclairée par la vérité morale. Ensemble, elles permettent au chrétien d’agir librement, avec responsabilité et fidélité à l’appel de Dieu, dans les situations concrètes de la vie.

La vie morale du chrétien apparaît alors non comme une contrainte extérieure, mais comme un chemin de vérité et de liberté, éclairé par la grâce et orienté vers le bien.

Bible et Art

Le jugement de Solomon — 1 Rois 3, 16-28

Alors deux femmes, des prostituées, vinrent vers le roi et elles se tinrent face à lui. Et l’une d'elles dit :
Je t'en prie, mon seigneur ! Moi et cette femme-ci, nous habitions dans la même maison, et j’ai accouché auprès d’elle dans la chambre. Et le troisième jour après que j'eus accouché, celle-ci aussi a accouché. Et nous étions ensemble et nul autre dans la maison avec nous, exceptées nous deux. Or le fils de cette femme-ci est mort pendant la nuit sûrement qu’en dormant elle l'a étouffé !

Pour aller plus loin...

Catéchisme et Youcat

Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 1776-1806.

Youcat nn. 290-298 ; 300-301

Magistère

JEAN-PAUL II, lettre encyclique Veritatis splendor, 1993.

Livres

C. S. Lewis, LAbolition de lhomme, trad. Irène Fernandez, Genève, Ad Solem, 2015.

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