Chapitre 20
La foi
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Introduction
Au cœur de la vie chrétienne se trouve une réalité essentielle : la foi. Sans elle, il n’y a pas de relation vivante avec Dieu. La foi n’est pas simplement une opinion religieuse, ni un sentiment intérieur changeant au gré des émotions. Elle est un don de Dieu, une grâce surnaturelle qui transforme profondément notre manière de comprendre Dieu, et par conséquent notre manière de voir le monde et de nous comprendre nous-mêmes.
1. La lumière divine
Dans le langage courant, le mot « foi » est souvent utilisé pour désigner une confiance humaine : « J’ai foi en toi », « Je crois ce que tu dis ». Cette foi-là repose sur l’expérience, la fiabilité d’une personne ou l’espoir qu’elle ne nous décevra pas.
La foi chrétienne, elle, va beaucoup plus loin. Elle est surnaturelle. Elle ne naît pas seulement de nos raisonnements ou de notre sensibilité religieuse. Elle est une lumière que Dieu lui-même dépose dans l’âme. Le Catéchisme l’exprime avec clarté : « La foi est une grâce. Elle est un don de Dieu, une vertu surnaturelle infusée par lui » (CEC, n° 153).
Par la vertu théologale de foi, nous acceptons et approuvons librement toute la vérité que Dieu a révélée. Nous recevons cette révélation parce que Dieu ne peut ni se tromper ni nous tromper. La foi repose donc ultimement sur la véracité de Dieu.
Cette lumière surnaturelle permet au croyant de reconnaître dans la Révélation – transmise par l’Écriture et la Tradition de l’Église – non pas une sagesse humaine parmi d’autres, mais la Parole même de Dieu. La foi donne ainsi une certitude particulière : une certitude spirituelle, plus profonde que la simple démonstration rationnelle. Comme le dit l’Écriture : « La foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas » (He 11,1).
2. La foi nous connecte à Dieu en personne.
Par la foi, notre esprit est rendu capable d’entrer en contact avec des réalités qui le dépassent. Les mystères divins – la Trinité, l’Incarnation, la Rédemption, la vie éternelle – sont des vérités révélées qui excèdent nos capacités naturelles. Sans la foi, ces vérités resteraient inaccessibles. Avec la foi, nous ne les comprenons pas pleinement, mais nous les connaissons réellement. C’est pourquoi la foi est souvent décrite comme une forme de connaissance obscure, mais vraie. Dieu seul peut réduire la distance en agissant dans les profondeurs de l’âme pour permettre cette adhésion intérieure à ce qu’il révèle.
Remarquons enfin un élément important qui fera saisir toute l’acuité de la connaissance théologale. Ce que nous atteignons dans l’acte de foi, c’est Dieu même tel qu'il se connaît lui-même. Autrement dit, croire, ce n’est pas seulement adhérer à des mots, mais entrer en contact avec la réalité divine qu’ils désignent. Saint Thomas d’Aquin exprime cette réalité avec profondeur lorsqu’il écrit : « L’acte de foi ne s’arrête pas à l’énoncé, mais atteint la réalité elle-même » (Somme théologique, II-II, q.1, a.2).
3. La foi est adhésion totale et sans réserve
Cette élévation de l’intelligence s’accompagne d’un acte libre de la volonté. Croire n’est jamais contraint. La foi implique ce que l’Église appelle l’obéissance de la foi : un consentement libre, confiant, aimant à la Parole de Dieu. Croire, c’est s’appuyer sur Dieu, remettre sa vie entre ses mains, accepter qu’Il soit le fondement ultime de notre existence. C’est pourquoi, lorsque le croyant professe sa foi, notamment lors de la récitation du Credo à la messe du dimanche, il ne récite pas seulement une formule : il renouvelle son engagement, il dit à nouveau « oui » à Dieu.
Cette foi engage toute la personne. Elle est un acte de l’intelligence qui rayonne dans toute notre vie. Elle n’est jamais partielle, car Dieu ne se donne jamais à moitié. Elle implique aussi la volonté, le cœur, la dimension affective de l’existence. Comme dit saint Paul, la vraie foi est une « foi agissant par la charité », par l’amour divin qui nous lie existentiellement à Dieu et à nos frères dans l’Église.
C’est pourquoi la foi suppose une adhésion totale à Dieu et à ce qu’Il a révélé. On ne peut pas entrer dans une relation de confiance tout en gardant Dieu à distance, en sélectionnant ce que l’on accepte et ce que l’on refuse selon ses préférences personnelles ou les critères du moment. Être un « croyant sélectif », c’est risquer de déplacer le centre de la foi : au lieu de se laisser juger et éclairer par la Révélation, on devient soi-même juge de Dieu. Or la foi, par nature, est un acte d’humilité : elle reconnaît que Dieu sait mieux que nous ce qui conduit à la vie et au Salut. Le Catéchisme de l’Église catholique le rappelle avec force : « Croire en Jésus-Christ et en Celui qui l’a envoyé pour notre salut est nécessaire pour obtenir ce salut » (CEC, n° 161).
4. Chercher à comprendre
Croire, c’est accepter de marcher avec une lumière suffisante pour avancer, mais pas pour tout maîtriser. Comme un enfant qui fait confiance à son père, le croyant accepte de ne pas tout saisir immédiatement. Cela demande humilité et patience. Dieu nous révèle tout ce qui est nécessaire à notre salut, mais pas tout ce qui pourrait satisfaire notre curiosité intellectuelle. Une foi adulte accepte cette tension entre la clarté reçue et le mystère qui demeure.
Il faut rappeler que la foi ne dépend pas d’une compréhension parfaite. Si nous décidions de ne croire qu’à ce que nous comprenons entièrement, nous ne croirions jamais. Saint Anselme exprimait déjà cette tension féconde en affirmant : « Je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre » (Proslogion, chap. 1). C’est à l’intérieur même de la foi que la compréhension mûrit. Mais la foi pousse à approfondir, à étudier, à réfléchir. En harmonie profonde avec la raison, la foi chrétienne encourage la recherche sincère de la vérité et ouvre l’intelligence humaine à des horizons plus vastes. “Catholiques, disait mon curé, il n’est pas interdit d’être intelligent.”
Il est donc essentiel de faire une distinction ici entre rejet volontaire de la foi et difficultés sincères du croyant. Avoir des questions, traverser des périodes de doute, éprouver des résistances intérieures ne constitue pas un péché. En réalité, ces épreuves peuvent être le lieu d’un approfondissement de la foi. En revanche, entretenir des doutes volontaires contre la foi est un péché. Ici on décide de refuser, déformer ou trahir la lumière de Dieu. Ces péchés contre la foi s’appellent incrédulité, hérésie et apostasie.
5. L’affaire de toute une vie
La foi, vous l’aurez compris, est donc un dynamisme. Elle n’est pas statique. Elle est appelée à grandir, à mûrir, à s’approfondir. La foi du charbonnier, comme on dit, ne suffit pas pour affronter les questions, les épreuves et les responsabilités. Le croyant est donc appelé à nourrir sa foi par la prière personnelle et communautaire, la lecture des Écritures, et l’enseignement de l’Église.
La foi se fortifie lorsque non seulement elle est éclairée mais aussi vécue. De ce point de vue, beaucoup découvrent que la foi devient plus claire lorsqu’elle est mise en pratique. La vie sacramentelle, la charité concrète et l’engagement ecclésial éclairent souvent ce que l’intelligence seule ne parvient pas encore à saisir.
L’Esprit Saint accompagne cette croissance par le « sens de la foi », cet instinct surnaturel qui permet aux croyants de reconnaître ce qui est conforme à l’Évangile. Les dons de l’Esprit, notamment l’intelligence et la sagesse, aident à pénétrer plus profondément les grandes vérités de l’Évangile.
Conclusion
Au terme de ce parcours, il apparaît que la foi chrétienne est une lumière donnée par Dieu, capable d’éclairer l’intelligence sans abolir le mystère. Elle permet une véritable rencontre avec Dieu, non comme une idée abstraite, mais comme un père, un frère, un ami. Cette foi est comme un chemin à parcourir tout au long de la vie. Nourrie par la prière, l’étude, les sacrements et accomplie en la charité, elle grandit au rythme de l’expérience et de la fidélité. Jusqu’à ce que la connaissance partielle laisse place à la plénitude de la rencontre avec Dieu. Ce jour-là, nous dit saint Jean, nous le verrons enfin face à face.
Bible et Art
Saint Pierre sauvé des eaux — Matthieu 14, 22-33
Et aussitôt il ordonna aux disciples de monter dans la barque et de le précéder au-delà des flots jusqu'à ce qu'il ait renvoyé les foules.
Ayant renvoyé la foule il monta dans la montagne seul pour prier. Le soir étant venu il était là seul la barque était au milieu de la mer tourmentée par les vagues
le vent en effet était contraire.
Pour aller plus loin...
Catéchisme et Youcat
Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 142-184 ; 1812-1816 ; 2087-2089.
Youcat nn. 17-25 ; 41-42 ; 307.
Magistère
JEAN-PAUL II, lettre encyclique Fides et ratio, 1998.
FRANÇOIS, Lettre encyclique Lumen fidei, 2013.
Livres
Serge-Thomas BONINO, Je vis dans la foi au Fils de Dieu : Entretiens sur la vie de foi, Plans-sur-Bex, Parole et Silence, 2000.
Josef PIEPER, De la foi, Genève, Ad Solem, 2005.

Credo
Comprendre et vivre la foi catholique
Un livre publié aux éditions du Cerf.
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31400 Toulouse
Institutions
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Éditions du Cerf
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