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Chapitre 11

La Vierge Marie
et la communion des saints

Script de la vidéo

La question de Dieu – à commencer par la question de l’existence de Dieu – n’est pas optionnelle. Elle se pose et s’impose à tout un chacun. Tous, disait Pascal, nous sommes embarqués. Tous nous sommes concernés. Car de la réponse à cette question dépend le sens de notre existence, la direction que nous donnons notre vie et tous les choix, petits et grands, qui s’ensuivent. Qu’est-ce qui justifie mon existence ? Suis-je simplement ‘jeté-là’, accident provisoire résultant des jeux du hasard et de la nécessité, comme écume éphémère sur l’abîme des forces cosmiques ? Ou bien suis-je le fruit d’une pensée, d’un vouloir, d’un amour qui me précède et qui m’attend ?

Pour répondre à cette question, je dispose de deux « lumières », c’est-à-dire de deux moyens de connaître, car la lumière est ce qui rend visible et compréhensible la réalité. Elle me permet de savoir où je me trouve et où je peux aller. Ces deux lumières sont la raison et la foi. La raison est appelée lumière naturelle parce qu’elle appartient à chaque personne humaine en vertu de sa nature, par « droit de naissance ». La raison est donc commune à tous les hommes. La foi, en revanche, est une lumière surnaturelle, qui nous permet de voir toutes choses avec les « yeux de Dieu » puisqu’elle nous fait participer à la connaissance que Dieu a de lui-même et de toutes choses. La foi nous est offerte gratuitement par Dieu lui-même et elle vient se greffer sur notre raison pour nous permettre de « voir plus loin » et d’entrer personnellement dans la destinée surnaturelle à laquelle Dieu nous appelle.

Qu’est-ce donc que la lumière de la raison nous dit de Dieu ? Tout d’abord, c’est un fait que l’existence de Dieu n’est pas évidente. Elle ne saute pas aux yeux, de sorte que, si on en reste à la surface des choses, on peut la nier, comme font les athées. C’est que notre intelligence est une « intelligence incarnée », c’est-à-dire l’intelligence d’un être corporel. Saint Thomas dit que l’homme constitue la ligne d’horizon qui sépare et unit le monde matériel et le monde spirituel. Il appartient à l’un et à l’autre de ces mondes. Toutefois, c’est par le monde des corps que nous avons accès à la connaissance du monde spirituel. Nous n’avons pas d’intuition directe des réalités spirituelles. Toute connaissance, dit saint Thomas, vient des sens, c’est-à-dire vient de l’expérience des choses matérielles et sensibles (visibles, audibles, palpables…) qui nous entourent. Toutefois, l’intelligence est capable d’aller au-delà du sensible, précisément pour mieux comprendre le sensible. Car le monde qui nous entoure présente des « propriétés » qu’il ne peut expliquer par lui-même. L’intelligence est renvoyée à une cause qui est au-delà du monde physique, une cause transcendante.  

Je ne parle pas ici des « miracles » proprement dits, c’est-à-dire des phénomènes qui se produisent dans la nature mais ne s’expliquent pas par les lois de la nature, comme la guérison d’un aveugle-né ou la résurrection de Lazare. Non, je parle de ces « miracles » quotidiens, si quotidiens que l’on n’y fait presque plus attention, alors qu’ils devraient provoquer chez nous un étonnement, un émerveillement, permanent. Le simple fait que j’existe, alors que je pourrais ne pas exister. Je n’existais pas et j’existe. Le monde lui-même pourrait ne pas être et il est. Bien plus, le monde est ordonné, beau, gouverné par des lois que notre intelligence peut saisir. D’où lui vient tout ceci, sinon d’une Intelligence qui l’a pensé, d’un Amour qui l’a posé et le maintient dans l’existence.

« Oui, vains par nature, déclare le livre de la Sagesse, tous les hommes […] qui, en partant des biens visibles, n’ont pas été capables de reconnaître ‘Celui qui est’ et qui, en considérant les œuvres, n’ont pas reconnu l’Artisan. […] Car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur » (Sg 13). S’appuyant sur ce texte biblique et d’autres encore, l’Église catholique considère comme un dogme, c’est-à-dire une vérité à croire, qu’il est possible de connaître Dieu par la raison naturelle. Elle ne canonise aucune preuve particulière de l’existence de Dieu mais confesse que Dieu se laisse déjà trouver dans la création.

Cette connaissance naturelle de Dieu présente toutefois de sérieuses limites. J’en retiens deux. Tout d’abord, la raison n’est pas une abstraction. Elle ne fonctionne pas en vase clos. Elle est toujours la raison d’une personne particulière, qui se caractérise par ses conditionnements corporels, par son milieu culturel, par son histoire personnelle unique. Une personne de chair et de sang animée par des émotions et des désirs qui influent sur l’usage qu’elle fait de sa raison. Aussi, pour que la raison accède à la reconnaissance de l’existence de Dieu, il faut que la personne le veuille, qu’elle le désire. Entendons-nous bien : je ne suis pas en train de dire qu’il faut prendre ses désirs pour la réalité. Croire en Dieu n’est pas le fruit d’une autosuggestion. Non, je dis seulement qu’il faut se mettre dans les bonnes conditions subjectives pour voir ce qui existe objectivement. Tout d’abord, il faut mettre l’intelligence sous tension. Et c’est le rôle du désir. Blaise Pascal disait à propos de notre connaissance de Jésus-Christ – mais cela vaut aussi pour la connaissance naturelle de Dieu –, que « voulant paraître à découvert à ceux qui le cherchent de tout leur cœur, et caché à ceux qui le fuit de tout leur cœur, Jésus-Christ tempère sa connaissance […]. Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire » (Pensées, Br. n° 430).

La deuxième limite de la connaissance naturelle est qu’elle nous laisse à mi-chemin. Insatisfaits. Permettez-moi ici une petite parabole de mon crû. Invité au restaurant italien du coin, je commande une pizza et quelques minutes plus tard (dans le meilleur des cas), le serveur, poussant les portes closes de la cuisine, m’apporte une délicieuse Margherita. Que puis-je savoir du pizzaiolo, que puis-je en déduire à partir de la pizza que j’ai devant moi ? Tout d’abord, qu’il existe, car s’il n’y avait pas de pizzaiolo, il n’y aurait pas de pizza ! Ensuite, ayant savouré la pizza, je peux déduire qu’il est un excellent pizzaiolo, ce qui implique certaines qualités : je parie qu’il a bon goût, de l’expérience, un certain sens pratique... mais ma connaissance s’arrête là. Je ne peux pas savoir s’il chante bien ou mal, s’il est homme ou femme, gros ou maigre (encore que ce dernier point puisse être conjecturé !). J’ignore même s’il est seul ou si plusieurs pizzaioli se sont partagé le travail (à qui la pâte, à qui la sauce…). La pizza ne peut donc tout me dire du pizzaiolo. Pas plus que les créatures ne me disent tout du Créateur. À partir des créatures, je peux savoir, en remontant des effets à la Cause, qu’il existe un Dieu Créateur et je peux déduire certaines propriétés qui lui appartiennent nécessairement en tant que Créateur (il est tout-puissant, bon, intelligent...). Mais je dois admettre qu’il y a en Dieu tout un domaine qui échappe à ma connaissance. Reste la possibilité que le pizzaiolo quitte la cuisine et vienne se présenter en personne. Reste la possibilité que Dieu vienne me révéler qui il est.

Cette révélation est d’autant plus souhaitable que la connaissance partielle m’a ouvert l’appétit mais laissé sur ma faim. En effet, notre intelligence est ainsi faite qu’elle ne peut se contenter de connaître l’existence d’un être sans vouloir aussitôt connaître son essence, c’est-à-dire sa nature intime. Qui est-il ? Qui connaît par la raison l’existence de Dieu voit donc naître en lui un désir naturel, spontané, d’en savoir davantage, mais ce désir ne peut être comblé que par la révélation et, au plus haut degré, par la vision Dieu face-à-face qu’Il nous promet.

 

Bible et Art

L'Annonciation — Luc 1, 26-38

Au sixième mois l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de « Nazareth », à une vierge fiancée à un homme du nom de « Joseph », de la maison de David et le nom de la vierge était « Marie ».

Et, après être entré chez elle, l'ange dit : 

— Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi
tu es bénie entre les femmes.

Pour aller plus loin...

Catéchisme et Youcat

Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 828-829 ; 484-511 ; 963-975 ; 946-962.

Youcat nn. 80-85 ; 117 ; 146-149.

Magistère

JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris Mater, 1987.

JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris Mater, 1987.

Livres

Pierre-Marie ÉMONET, Dieu contemplé dans le miroir des choses, Paris, C.L.D., 2000.

Joseph RASSAM, Le Silence. Un chemin vers Dieu, Perpignan, Artège, 2017.

THOMAS DAQUIN, Ce que je crois, Paris, Cerf, 2021.

Guillaume de MENTHIÈRE, Dix raisons de croire, Paris, Salvator, 2010.

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