Chapitre 4
La Trinité
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Introduction : le mystère central de la foi
On raconte qu’un jour, saint Augustin se promenait au bord de la mer. À cette époque, Augustin cherchait à comprendre le mystère de la Sainte Trinité. Pas commode d’expliquer ce mystère aux fidèles de son diocèse. Un seul Dieu, en trois personnes ! Quel casse-tête !
C’est alors qu’Augustin aperçoit un enfant qui joue sur la plage. L’enfant a creusé un trou et fait des va-et-vient entre le trou et l’eau. Augustin lui demande : « Qu’est-ce que tu fais ? » L’enfant lui répond : « Je vais mettre l’eau de la mer dans le trou que j’ai creusé. » Augustin lui dit : « Mais c’est impossible ! » Et l’enfant lui réplique : « J’aurai réussi à verser l’océan dans ce trou avant que tu n’aies mis la Trinité dans ta tête. » Sur ce, l’enfant disparaît ! Augustin comprend le message venu du ciel : les mystères de la foi, et en particulier le mystère de la Sainte Trinité, sont trop grands pour notre intelligence. Ils sont inépuisables.
Pourtant, comme l’a fait Augustin, nous ne pouvons pas renoncer à essayer d’entrer dans le mystère de la Trinité. Ce mystère n’est pas un détail. Ce mystère, en réalité, c’est LE mystère par excellence. Le mystère central du christianisme. Celui dont découlent tous les mystères de la foi. Celui auquel tous les mystères conduisent.
I. Un seul Dieu en trois personnes
Un seul Dieu : le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Ces noms, nous ne les avons pas inventés. Ils nous ont été révélés par les Saintes Écritures, par Jésus lui-même et par les apôtres.
Si l’on prend au sérieux les paroles de Jésus, on en vient à affirmer que Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit.
Jésus a prêché au sujet de Dieu, son Père, en parlant de son Père comme de quelqu’un distinct de lui.
Par ailleurs, en parlant de lui-même, Jésus a également affirmé qu’il est le « Fils de Dieu », qu’il est Dieu ! Ainsi, quand l’apôtre Thomas lui dit « Mon Seigneur et mon Dieu », Jésus ne le contredit pas.
À plusieurs reprises, le Nouveau Testament appelle Jésus : « Seigneur » (en grec, « Kyrios »). Or, dans l’Ancien Testament, ce nom est réservé au Dieu unique qui a parlé à Moïse. Et s’il y a bien une vérité fondamentale pour le peuple d’Israël, c’est qu'il n'y a qu'un seul Seigneur. Jésus est Seigneur. Jésus est Dieu.
Enfin, Jésus a promis à ses disciples qu’il leur enverrait le Saint-Esprit pour qu'il habite en eux comme dans un temple. Or seul Dieu habite dans un temple. L’Esprit aussi, d’ailleurs, est appelé « Seigneur », par exemple chez saint Paul. En somme : l’Esprit de Dieu est Dieu, le Fils de Dieu est Dieu, le Père est Dieu. Un seul Dieu, un seul Seigneur, mais trois personnes qui sont Dieu.
Pas trois dieux, pas une seule personne en Dieu.
II. Deux erreurs à éviter
Quand on parle de la Trinité, en effet, il y a deux erreurs principales. Elles ont été commises très tôt dans l’histoire de l’Église.
Première erreur : trois dieux
La première est de penser que les trois personnes sont trois sujets qui s’entendent bien, qui sont en communion, mais qui sont, au bout du compte, trois sujets indépendants. Cette manière de voir les choses revient à croire en trois dieux, plus ou moins égaux. Ce n'est pas ce que nous croyons. Pour nous, chrétiens, il n'y a qu'un seul et même Dieu.
Deuxième erreur : une seule personne sous trois visages
L’erreur contraire consiste à dire qu’il n’y a qu’une seule personne en Dieu, mais que celle-ci se manifeste à nous de trois manières. Lorsque Dieu nous accorde sa grâce, nous parlons volontiers du Saint-Esprit ; lorsque Dieu s’incarne en Jésus, nous parlons du Fils ; lorsque Dieu crée l’univers, nous parlons du « Père tout-puissant ». Mais il s’agirait en fait d’une seule et même personne, qui se manifeste dans le monde comme si un seul et même acteur jouait trois rôles différents, en enfilant trois costumes. Cela non plus, ce n’est pas la foi chrétienne.
Les personnes divines ne sont pas seulement des manières dont Dieu se manifeste dans le monde, elles sont réellement distinctes en Dieu. Autrement dit, Dieu n'est pas une Trinité uniquement par rapport à nous. Il est une Trinité en lui-même, de toute éternité.
III. Entrer dans le mystère
À ce stade, beaucoup diront : « Eh bien ! c'est un mystère, on ne peut pas vraiment le comprendre, alors disons simplement qu'il y a trois personnes en un seul Dieu, et passons au sujet suivant. »
C’est un peu facile ! Si vraiment nous cherchons à connaître et à aimer Dieu, nous devons essayer de comprendre davantage qui il est, non ?
Comment peut-il y avoir des personnes distinctes dans une nature divine unique ?
Le Père et le Verbe
On utilise parfois les images du triangle, du trèfle, du Soleil et de ses rayons. Toutes ces images ont leurs limites. En m’appuyant sur une intuition géniale de saint Augustin, reprise par saint Thomas d’Aquin, je vous propose plutôt de faire une petite expérience.
Imaginez votre esprit. Imaginez votre esprit en train de se penser lui-même. Imaginez que vous êtes capable de concevoir dans votre esprit une image parfaite de vous-même — un peu comme dans un miroir. Eh bien, Dieu, en se pensant parfaitement lui-même, conçoit une image parfaite de lui-même, à l’intérieur de lui-même. Cette image, c’est ce que l’Écriture Sainte appelle sa Parole, son Verbe : le Verbe de Dieu. Et comme ce Verbe est « engendré » en Dieu, on dit que celui qui engendre est le Père, et celui qui est engendré est le Fils.
Ce Fils est l'idée que Dieu a de lui-même ; une idée de Dieu si parfaite qu'elle est Dieu. En fait, la seule distinction entre ce Verbe, cette image du Père, et le Père lui-même, c'est que cette image, ou ce Verbe, vient du Père. Elle procède de lui. Elle est engendrée par lui.
L'Esprit Saint procède par amour
Et puis, cette idée que Dieu a de lui-même est si belle et si bonne qu’elle fait jaillir instantanément l’amour. Car lorsque nous connaissons quelque chose de bon, nous ne pouvons pas nous empêcher de l'aimer.
C'est ainsi que l’on comprend qu'il y a deux processions dans la Trinité. La première procession est une procession intellectuelle : Dieu se connaît lui-même et engendre un Verbe ou une image parfaite de lui-même. Ce Verbe est Dieu, car il exprime tout ce qu’est Dieu. La seule différence entre le Père et son Verbe est que le Père prononce le Verbe et que le Verbe est prononcé par le Père. C'est la seule distinction entre eux. De même, le Saint-Esprit procède par amour. C'est un amour immédiat, qui produit également une sorte d'image de l'être aimé en celui qui aime.
IV. La Trinité dans notre vie
Dans la liturgie
Si cette approche vous paraît un peu trop planante, pas de panique. Nous pouvons également parler de l’expérience de la Trinité dans notre vie. En tant que chrétiens, nous rencontrons souvent la Trinité dans la prière. Comment débute la messe ? « Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. » La plupart de nos prières commencent et s’achèvent de cette manière.
Que dit le prêtre qui baptise ? « Je te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ». En expliquant cette formule qui nous vient des dernières lignes de l’Évangile selon saint Matthieu, le Catéchisme de l'Église catholique souligne que le Nom dans lequel nous sommes baptisés est au singulier, parce qu’il y a un seul Dieu ; mais que ce nom unique revêt trois personnes : « le Père et le Fils et le Saint-Esprit. » Et ce sont ces trois personnes que nous confessons dans le Credo : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant… et en Jésus-Christ, son Fils unique… et en l’Esprit Saint… ».
C'est la même logique trinitaire qui sous-tend la messe. Le prêtre, à l’autel, offre l’Eucharistie au Père, par le Fils, dans l’Esprit.
La prière chrétienne
En fait, quand vous priez, le Saint-Esprit habite en vous, il vous donne l'amour de Dieu et vous rend capable de crier : « Abba, Père ! », comme dit saint Paul. En d'autres termes, il vous rend conforme à son Fils, Jésus le Christ. Il fait de vous un enfant adoptif du Père, et vous permet de prier vraiment en chrétien, de dire « Notre Père ».
Conclusion : entrer dans la vie de Dieu
La Trinité est donc le mystère central de la foi. Un mystère, rappelons-le, c’est quelque chose qu’on ne peut pas connaître seulement par la raison. Si Jésus ne nous l’avait pas révélé, nous ne saurions pas que Dieu est trois Personnes. Nous pourrions savoir qu’il y a un seul Dieu, cause de tout ce qui existe. Mais nous ne saurions pas que Dieu n’est pas tout seul en lui-même. Nous ne saurions pas que Dieu est relations : Père d’un Fils, Fils d’un Père, Esprit du Père et du Fils.
Jésus nous fait entrer dans l’intimité de Dieu. Il nous révèle que Dieu est une communion de Personnes : des Personnes qui s’aiment et se connaissent de toute éternité ; des Personnes qui sont parfaitement heureuses en elles-mêmes. Autrement dit, Dieu n'a pas besoin de nous ! S’il nous a créés, s’il a envoyé son Fils dans notre chair et son Esprit dans nos cœurs, c’est pour nous entraîner dans le mystère de sa vie trinitaire. Pour nous faire participer au mystère éternel de son amour et de sa vie. Bref, pour nous faire entrer dans ces relations bienheureuses que vivent le Père et le Fils et le Saint-Esprit !
Bible et Art
Philoxenie d'Abraham — Genèse 18, 1-5
Or, le Seigneur lui apparut dans la vallée de Mambré alors qu'il était assis à l’entrée de sa tente, au fort de l'ardeur du jour. Et, ayant élevé les yeux, lui apparurent trois hommes debout en face de lui. Et les ayant vu, il courut à leur rencontre de l’entrée de la tente et se prosterna à terre et il dit :
— Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas outre ton serviteur.
Pour aller plus loin...
Catéchisme et Youcat
Catéchisme de l'Eglise catholique nn. 198-267.
Youcat nn. 30-40
Livres
Gilles EMERY, La Trinité, coll. « Initiations » Paris, Cerf, 2009.
Jean-Baptiste PORION, Trinité et vie surnaturelle, Ass. auxiliaire de la vie cartusienne,
2007.

Credo
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Un livre publié aux éditions du Cerf.
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